“L’enfant qui mesurait le monde” au cinéma : interview de Takis Candilis et de Bernard Campan

Il aura fallu plus de quarante ans à Takis Candilis pour réaliser son second long-métrage. Son premier projet, Transit,  date de 1982. Depuis, il est devenu producteur puis a été la direction des programmes à TF1 et à France Télévisions. Touché par le roman de Metin Arditi, L’enfant qui mesurait le monde, il a décidé de remettre le pied à l’étrier, en adaptant le livre pour le cinéma.

Cet enfant, c’est Yanis , un enfant autiste qui vit en Grèce, et dont Alexandre Varda, un promoteur immobilier qui se retrouve écarté de sa société par ses actionnaires, va découvrir qu’il est le grand-père. Sa fille, qu’il n’a pas vue depuis dix ans, vient de mourir en Grèce et il doit alors se rendre sur place, sur l’île de Kalamaki, pour rapatrier le corps. Là, il fait la connaissance de ce petit-fils dont il ignorait l’existence, de la jeune femme qui s’occupait de lui en l’absence de sa mère et il découvre aussi et peut-être surtout cette île et ses habitants.

Pour interpréter Alexandre, Takis Candilis a fait appel à Bernard Campan. Il est épatant de justesse dans le rôle de cet homme amer et désabusé qui va peu à peu se relever au contact de son petit-fils autiste. Les deux hommes sont venus présenter le film en avant-première au Pathé Masséna de Nice. Nous les avons rencontrés à l’Hôtel Mercure-Notre Dame.

Takis Candilis de retour au cinéma

Le cinéma, c’est vraiment la première passion de Takis Candilis. “J’ai dû faire mon premier court-métrage à 17 ans. Après, j’en ai fait d’autres et en 1982 j’ai été sélectionné au Festival de Cannes avec mon premier long métrage. Mais, comme il ne me plaisait pas, j’ai arrêté. L’orgueil est mal placé parfois ! C’est un peu comme Alexandre Varda, le personnage du film, qui n’a pas pu parler à sa fille plus tôt et qui s’en mord les doigts. En ce qui me concerne, j’ai fait une carrière à la télévision extraordinaire. J’ai décidé de l’arrêter il y a cinq ans. J’avais connu l’Age d’Or. Et puis, on m’a amené le roman de Metin Arditi. Il a réveillé beaucoup de choses en moi et j’ai replongé dans le cinéma !”.

Le film adapté du roman de Metin Arditi

S’il est tombé amoureux du roman de Metin Arditi, il n’a pas hésité à lui apporter de nombreuses modifications pour en faire un film. “Dans le livre, Alexandre n’est pas le grand-père du petit mais son voisin. Yanis est le fils de Maraki. Ce livre est très poétique et fait de courts chapitres. Il fallait que j’écrive un scénario et il fallait donc repenser entièrement la structure du récit. J’y ai travaillé pendant un an d’abord avec des scénaristes puis tout seul.” Metin Arditi, l’auteur du livre, a lu le scénario et il a tellement adoré qu’il a souhaité figurer dans le film. C’est lui qui joue le rôle du pope.

Bernard Campan est Alexandre, un homme qui va se découvrir

Trouver l’acteur qui allait interpréter Alexandre relevait du défi pour Takis Candilis. “Avec Bernard, on a le même agent. Dans ma tête, il était associé aux Inconnus, même si j’avais vu certains de ses films. J’ai vu son film “Presque”, un très beau film qui traite du handicap. Je l’ai rencontré et ça s’est très bien passé”. Les deux hommes ont alors beaucoup travaillé sur le personnage. “On a refait toutes les scènes ensemble”, nous a confié Takis Candilis. “Dans ce film, il est d’une grande justesse, d’une grande émotion. Je ne l’avais vu comme ça”

Quand on lui a proposé le rôle d’Alexandre Varda, Bernard Campan n’avait pas lu le livre de Metin Arditi, “ne voulant pas être influencé”. Il définit son personnage comme un homme “qui perd tout au début du film mais qui finalement va se découvrir et découvrir une autre façon de vivre, plus humaine, grâce à son petit-fils.”.

Raphaël Brottier dans le rôle de Yanis

Pour le personnage de Yanis, Takis Candilis a dû voir près de quatre-vingt enfants. “Certains avaient des cv longs comme le bras. Le seul qui n’avait pas jamais joué, c’était Raphaël Brottier. Il n’avait rien préparé en amont et était donc beaucoup plus libre que les autres enfants qui s’étaient enfermés dans le rôle”.

Bernard Campan a beaucoup apprécié de tourner avec le jeune acteur Raphaël Brottier qui incarne son petit-fils Yanis. “Il était très motivé, très professionnel, avec la volonté de bien faire. Depuis l’âge de quatre ans, il veut faire du cinéma. Pour ce rôle, il s’est pas mal inspiré de son petit frère qui a un handicap. Ca le touchait beaucoup de jouer ce rôle par rapport à ça.” L’acteur s’est permis de lui donner quelques conseils, notamment pour la scène du bateau où il devait se débattre : “Raphaël est quelqu’un de très gentil. La veille, je suis allé le voir dans sa chambre et je lui ai dit de se défouler sur moi, de me taper. Je l’ai un peu chahuté pour qu’on parvienne à tourner la scène le lendemain.” Les deux acteurs sont restés en contact depuis le tournage du film. Ils s’appellent souvent. “C’est toujours une responsabilité quand un enfant tourne pour le cinéma. C’est un métier qui peut être très cruel. Je vais faire en sorte de garder un lien avec lui pour qu’il puisse me parler, selon comment sa carrière évolue”.

Un film sur la résilience 

Takis Candilis a voulu faire un film lumineux, sur la résilience, “sur un homme qui part d’un point noir pour aller vers un point lumineux. Alexandre va se demander s’il n’est pas passé à côté de sa vie. Le film montre trois êtres meurtris par la vie. Alexandre a nié ses origines ; Yanis est enfermé dans lui-même et Maraki, qui s’occupe de cet enfant, a elle aussi subi un décès et s’est projetée dans Yanis. Ces trois personnages ne se comprennent pas et se tournent autour. Au fur et à mesure, ils vont faire un pas vers la lumière et vers la liberté.” Le film se termine à la Pâque. Chez les Orthodoxes, c’est la plus grande fête de l’année.

Un tournage en Grèce

L’île de Kalamaki n’existant pas, le film a été tourné à Spetsès. C’est une île où Takis Candilis se rend depuis qu’il est enfant (ses parents sont grecs). “Une petit île dont on fait le tour en un peu plus d’une heure en vélo”, nous a confié Bernard Campan. Elle n’est pas très touristique. Les Grecs du Péloponnèse y viennent souvent le week-end. “On était immergés dans la vie de cette petite île. Il n’y avait pas d’eau. Elle venait donc du continent. Il y avait des petits bateaux-taxis de toutes les couleurs. On est restés un mois et demie sur cette île et j’adorerais y retourner avec ma femme pour des vacances.” Lors du tournage, Bernard Campan a pu se promener sur l’île incognito. Personne ne savait qu’il était un acteur français connu ! “On parlait français, grec et anglais sur le tournage. C’était original !”. Le film a déjà été montré à Athènes ; Takis Candilis a bien l’intention de le montrer aux habitants de l’île où ils ont tourné.

L’enfant qui mesurait le monde de Takis Candilis au cinéma le 26 juin

 

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