L’Orestie d’Eschyle à Anthéa jusqu’au 19 janvier : une réussite !

Après “1984” et “Le Comte de Monte-Cristo”, Gaële Boghossian et Paulo Correia du collectif 8 se sont lancés dans un travail de très grande ampleur en adaptant “L’Orestie” d’Eschyle, composée de trois tragédies : “Agamemnon”, “Les Choéphores” et “Les Euménides”. Lorsque, en 458 avant J-C, elle a été représentée à Athènes, cette trilogie a remporté le premier prix aux Grandes Dionysies. “L’Orestie” est une véritable tragédie, inspirant, selon la définition des Anciens, terreur et pitié. Elle nous plonge au coeur de la malédiction qui pèse sur la lignée des Atrides, dont le destin est de se venger et de faire verser le sang des membres de cette famille maudite. Chez Eschyle, les personnages sont nombreux. Gaële Boghossian a fait le choix de ne réunir sur scène que trois comédiens, dans l’atmosphère étouffante du Palais d’Agamemnon.

Lorsque la pièce débute, la guerre de Troie vient de s’achever. Clytemnestre attend le retour d’Agamemnon, son époux victorieux. Mais elle est une femme et ne lui réserve pas l’accueil que le roi d’Argos serait digne de recevoir. A son retour, Agamemnon n’est pas seul. Il est accompagné de Cassandre, qui prophétise le malheur dans cette famille déjà endeuillée. Pour que les vents lui soient favorables pendant la guerre de Troie, Agamemnon a sacrifié sa fille Iphigénie sur l’autel de la déesse Artémis. Clytemnestre ne peut oublier la mort atroce de son enfant. La tragédie est alors en marche et, avec elle, son lot de vengeances et de meurtres. Clytemnestre tue Agamemnon et règne alors sur Argos avec son amant Egisthe. Mais, Oreste, le fils qu’elle a eu avec Agamemnon va revenir à Argos, bien décidé à venger son père….

Dans la Grèce Antique, les tragédies duraient plusieurs heures et même plusieurs jours. Gaële Boghossian a réussi la prouesse de contenir en à peine une heure et demie la fameuse trilogie d’Eschyle et de la rendre claire et compréhensible, les personnages rappelant çà et là l’origine de la malédiction des Atrides et les enjeux de la guerre de Troie.

Nous n’apercevrons qu’une seule fois Agamemnon sur son trône royal, dans l’ombre. C’est pourtant par lui que la vengeance et le malheur se diffusent, lui qui est un descendant de la famille d’Atrée. Clytemnestre n’est pas que l’épouse du roi d’Argos. Elle est aussi mère et femme. Complexe, éprise de liberté, elle tue son mari. Toujours vêtue de noir, elle surplombe la scène, perchée sur le trône royal puis élevée dans les airs pour assister à son procès. Elle exprime avec force sa douleur et sa colère, amplifiées par le son du micro qui l’accompagne le plus souvent. Gaële Boghossian ne s’est pas contentée d’adapter la tragédie d’Eschyle, elle incarne aussi cette femme meurtrière. Pour le Collectif 8 “la complexité du personnage de Clytemnestre acquiert une densité qui frappe par sa contemporanéité […] Sa position face à une société patriarcale vaut pour toutes les femme.” En revisitant l’Orestie, le Collectif 8 montre à quel point cette oeuvre monumentale contient une dimension politique intemporelle. Encore plus présente que dans ses mises en scène précédentes, la vidéo créée par Paulo Correia, loin d’être superflue, renforce le tragique de la pièce, d’autant plus qu’elle est accompagnée par une voix prophétique. Le public semble pénétrer dans les rêves terrifiants de Clytemnestre, où s’entremêlent des cadavres, du sang, des bébés et des serpents venimeux.  Un spectacle riche et passionnant à voir jusqu’au 19 janvier. 

A propos Laurence Raybaud

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