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Otello à l’Opéra National de Paris : la passion, le mal et la fureur

Jusqu’au 07 avril, l’Opéra National reprend l’oeuvre de Giuseppe verdi et Arrigo Boito, d’après Othello ou le Maure de Venise de William Shakespeare dans une mise en scène signée Andrei Șerban.

“Storm still”, écrivait Shakespeare : « Toujours l’orage ». Dans Otello, c’est un tonnerre retentissant qui gronde, à l’image des passions qui se déchaînent. Fervent admirateur du dramaturge anglais, Verdi livre une partition pleine de fougue, une musique dont la puissance pénètre au cœur des parties les plus sombres de l’âme humaine : face à la jalousie d’Otello et à la perversion de Iago, la pureté de Desdémone, l’infortunée. Pourtant, chez Andrei Șerban, aucun stéréotype mais une mise en scène au plus près des tumultes et peurs inavouables qui animent les hommes exposés ici dans toute leur fragilité.

 L’ile de Chypre est balayée par une terrible tempête. Otello, chef de guerre retrouve sa jeune épouse Desdémone après avoir vaincu les Turcs. Au fil des jours, ce dernier devient la victime de la haine vorace de son lieutenant Iago, jaloux prêt à tout pour détruire son maitre. Iago profite de sa relation confiante avec Otello pour distiller son venin. Il le persuade que Desdémone le trompe avec son lieutenant Cassio. Iago fabrique de fausses preuves de la culpabilité de Desdémone. Face à l’accumulation d’indices, la colère d’Otello devient incontrôlable. Malgré les protestations répétées de Desdémone, injuriée et bafouée en public, Otello l’étrangle de ses propres mains, avant de se transpercer de sa propre lance face à l’effroyable vérité.

Le rideau de scène s’ouvre sur la déflagration étourdissante d’une tempête orchestrale et chorale. Dès les premières notes,  la mise en scène offre un tableau d’apocalypse où les éléments se déchainent. La main du chef Billy de Bertrand magnifie ces accords d’ouverture, ces voix puissantes et sanguines des chœurs à couper le souffle. Cette scène de fureur noire annonce la colère violente qui va anéantir le couple principal dans ce drame orchestré par le maléfique Iago. 

 

Les décors de Peter Pabst renvoient au film d’Orson Wells tourné à Essaouira en 1950, ces décors de forteresse Mauresque, avec la mer en fond d’un magnifique bleu nuit. La mise en scène sobre d’Andrei Șerban propose une succession de tableaux qui baignent dans un nuancier de lumières bleues et blanches plus féériques les unes que les autres. Les effets de fumées noires de cette terrible tempête en ouverture sont magnifiquement représentés à travers des effets techniques bluffant. On salue l’élégance des costumes qui renvoient à un XVII​e siècle stylisé, notamment les costumes blancs dans lesquels apparaissent Otello et Desdémone lors du duo frémissant qui les réunit, oasis d’extase et de tendresse au dessus des nuages qui s’amoncellent annonciateurs du drame qui couve. Roberto Alagna en alternance avec Aleksanders Antonenko, reprend le rôle titre d’Otello qu’il avait abordé aux Chorégies d’Orange en 2014. Le chanteur se montre brillant dans l’interprétation de cet Otello à l’esprit miné de failles qui passe de grand guerrier, à monstre de naïveté qui finit animal ravagé par la jalousie, succombant aveuglément à la vengeance. La scène où il étrangle Desdémone à même le sol de la chambre princière émeut par tant de brutalité bestiale. La soprano Aleksandra Kurzak, l’une des grandes interprètes du répertoire classique, livre elle une prestation toute en dignité et retenue, première victime de ce drame machiavélique. Dans son jeu,  on ressent de bout en bout ce pressentiment de mort, cette mort qui rode partout dans l’atmosphère. Le baryton George Gagnidze qui campe le rôle du diabolique Iago, possède une signature vocale identifiable et un jeu sobre tout en finesse. Cette production est un triomphe annoncé. 

   

Sur scène : 

Otello : Roberto Alagna 7, 10, 13, 16, 20, 23, 26, 29 mars / Aleksandrs Antonenko 1, 4, 7 avr.

Jago : George Gagnidze

Cassio : Frédéric Antoun

Roderigo : Alessandro Liberatore

Lodovico : Paul Gay

Montano : Thomas Dear

Desdemona : Aleksandra Kurzak, 7, 10, 13, 16, 20, 23, 26, 29 mars / Hibla Gerzmava 1, 4, 7 avr.

Emilia : Marie Gautrot

Musique : Giuseppe Verdi

Livret : Arrigo Boito – D’après William Shakespeare

Direction musicale : Bertrand de Billy

Mise en scène : Andrei Șerban

Décors : Peter Pabst

Costumes : Graciela Galán

Lumières : Joël Hourbeigt

Chef des Choeurs : José Luis Basso

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts‑de‑Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

 

A propos jean-christophe.mary

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