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Patrice Leconte livre « Une promesse » aux spectateurs

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Mercredi 2 avril, l’UGC Ciné Cité de Bordeaux recevait Patrice Leconte, venu présenter son dernier long-métrage, Une promesse, diffusé en avant-première. Adapté d’une nouvelle de Stefan Zweig, intitulée Voyage dans le passé, publiée en 1929, le film retrace le parcours amoureux de deux jeunes gens à l’aube de la grande guerre, tout en pudeur et délicatesse.

Synopsis

Allemagne, 1912. Un jeune diplômé, d’origine modeste, devient le secrétaire particulier d’un homme âgé, patron d’une usine de sidérurgie. L’état de santé du patron se dégrade et lui impose de rester à domicile. Il y accueille le jeune homme pour travailler. L’épouse du patron est une femme de trente ans, belle et réservée. Le jeune homme s’éprend d’elle, sans oser révéler ses sentiments. Dans le huis-clos de la demeure, couve cette passion amoureuse, sans geste ni parole, tout en regards et en silences. Brusquement, le patron décide d’envoyer son protégé au Mexique, afin d’y superviser   l’exploitation de mines de fer. L’annonce de ce départ provoque chez l’épouse une réaction désespérée. Le jeune homme réalise qu’il est aimé d’elle, lui aussi, en secret. Mais la présence du mari malade interdit à leur amour de s’accomplir ici et maintenant. L’épouse fait une promesse : au retour du jeune homme, dans deux ans, elle sera à lui.

Une promesse, c’est avant tout l’histoire d’un triangle amoureux, avec tout ce que cela suppose de complexités. Il y a le mari, Karl Hoffmeister, riche, vieux et souffrant. Il y a la femme, Lotte Hoffmeister, jeune, jolie et pleine de vie. Puis, il y a le jeune homme fraîchement diplômé, Friedrich Zeitz, pauvre, sensible et beau garçon. En embauchant le jeune Friedrich, c’est un cadeau que Karl fait à sa femme, qui s’ennuie dans cette grande et froide demeure. Friedrich y apporte un nouveau souffle de vie. Invité à vivre chez les Hoffmeister, puis à dîner avec eux et enfin à donner des leçons à Otto, leur jeune fils, il prend peu à peu possession de cette famille pour la faire sienne, brisant la trinité familiale. Désormais, il y aura le père, le fils, la mère et l’amant…

Alors que l ‘équilibre ne tient qu’à un fil, Karl, impressionnant de maîtrise et de froideur, parviendra à refouler sa rage jusqu’au bout, tiraillé entre sa volonté de faire le bonheur de sa femme et cette jalousie qui le ronge.

C’est indéniablement à l’instant où ce dernier demande à Friedrich de partir au Mexique pendant deux ans que la tension atteint son point culminant et que le film prend une nouvelle tournure. A l’annonce de ce départ, Lotte révèle enfin son amour au jeune homme et lui fait cette promesse inespérée : celle de lui appartenir dès son retour.

Mais cette promesse, la tiendra-t-elle, après ces années d’absence ? Les sentiments résisteront-ils à l’épreuve du temps ? Ce sont ces questions que pose le film. Si les lecteurs assidus de Zweig, pessimiste acharné, pensent connaître la réponse, on leur dira simplement que Patrice Leconte a tenu à ajouter une touche d’optimisme à cette intrigue amoureuse. Il en va de même concernant le titre ; s’il n’a pas conservé celui d’origine, Le Voyage dans le passé, c’est pour ajouter une note d’espoir. Les flash-back ont été supprimés au profit d’une histoire plus chronologique, qui délaisse le passé pour se tourner vers le futur.

Intimiste et raffiné, Une promesse est de ces films qui traitent avec intelligence et sobriété le cheminement amoureux des protagonistes. Contrastant avec l’univers bruyant et mécanique de l’usine de sidérurgie, la maison des Hoffmeister, vaste et silencieuse, offre un décor propice à une découverte mutuelle, par petites touches. Fidèle aux obsessions de Zweig, Patrice Leconte dissèque le sentiment amoureux et en souligne les différentes étapes avec finesse, délaissant les grandes effusions passionnées. Considérant que, de nos jours, tout va trop vite, ce dernier met en scène un amour hors du temps, qui s’étend dans la durée et semble ne jamais pouvoir aboutir. De la même manière que le puzzle entrepris par Lotte, la relation amoureuse semble n’être que le résultat d’un fastidieux assemblage de pièces…

Une promesse est ce que l’on pourrait appeler le film des cinq sens, tant la sensualité qui s’en dégage est liée au langage des sens. A l’image d’une synesthésie baudelairienne, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » dans ce noble huis clos, berceau de la poésie. Alors que tout n’est que suggéré, le film revêt d’emblée une dimension sensuelle et ne cesse de faire ressortir la tension qui lie Lotte et Friedrich. Tout en regards, chuchotements et frôlements, le sentiment se construit dans la retenue, sans jamais pour autant frôler la niaiserie. Pas de surexposition des corps ici, c’est le parfum de Lotte, c’est le morceau de piano qu’elle joue, c’est la finesse de ses traits qui suscitent le désir chez le jeune homme.

On notera par ailleurs le peu d’importance accordée au contexte historique et aux décors d’époque. Les protagonistes évoluent dans une bulle hermétique à l’extérieur et Lotte avoue même se moquer que l’Allemagne gagne ou perde la guerre. Si Patrice Leconte remporte encore une fois le pari du « film d’époque », dans la lignée du très réussi Ridicule, ce n’est pourtant pas un film historique qu’il donne à voir, mais bien un film sur les sentiments.

Un film qui traite de « la confusion des sentiments », pourrait-on dire, afin de rester fidèle à Zweig.

En somme, Une promesse est un joli moment de poésie, qui n’a de cesse de nous rappeler à quel point les relations amoureuses sont compliquées. Le cheminement des sentiments y est traité avec une justesse et une délicatesse étonnantes, mené par un jeu des acteurs très travaillé. On notera les jolies performances de Rebecca Hall et Richard Madden (plus connu pour son rôle dans la série Game Of Thrones), incarnant à merveille cette retenue timide et coupable qui fait leur force. On n’oubliera pas non plus de saluer le jeu d’Alan Rickman (le célèbre professeur Rogue dans Harry Potter), glacial et imposant à souhait, parfait symbole du dilemme intérieur qui nous habite tous.

Mobilisant la vue autant que l’ouïe – bien plus que les dialogues, ce sont les silences qui importent – Une promesse se présente à point nommé, comme une pause dans la vie réelle, en nous invitant au rêve et à l’apaisement.

AVERTISSEMENT :

Que les amateurs de scènes fougueuses et torrides passent leur chemin, au risque de piquer du nez…il y a des lenteurs et l’intrigue fait bien souvent du « sur place ».

Quant au réalisateur, il fait la promesse de ne plus jamais annoncer sa retraite…

Sortie le 16 avril. 

Avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden, Toby Murray, Maggie Steed, Shannon Tarbet.

 

A propos Mikael Buffard

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