Phèdre de Sénèque dans une mise en scène de Georges Lavaudant au Théâtre Anthéa d’Antibes

Le Théâtre Anthéa d’Antibes vient d’accueillir Phèdre dans une mise en scène de Georges Lavaudant. Ce dernier ne s’est pas emparé de la tragédie de Racine mais de celle de l’auteur latin Sénèque, dans une traduction-adaptation de Frédéric Boyer. Sur scène, pas de choeur, pas de costumes sophistiqués ni de décor superflu et encombrant. Les comédiens, magnifiquement mis en lumière par Cristobal Castillo-Mora, évoluent sur un plateau quasi-vide. Georges Lavaudant avait à coeur de donner à voir les corps, “leur matérialité, leur force, leur gaucherie, leur abandon. Leurs secrets. Leurs chutes”. Dans une mise en scène qu’il a voulue sobre et épurée,  laissant précisément toutes leurs places aux corps, la passion qui anime Phèdre mais aussi Hippolyte et Thésée, n’en paraît que plus violente et dévastatrice.

Des êtres mus par la passion

Le mythe de Phèdre est connu. Fille du roi Minos et de Pasiphaé, elle est follement amoureuse d’Hippolyte, le fils de son époux Thésée. Une passion contre-nature, incestueuse, contre laquelle elle ne parvient plus à lutter. En l’absence de Thésée, elle finit par avouer ses sentiments au jeune homme qui la rejette….

Chez Sénèque, la passion dévore tous les personnages. Phèdre brûle d’un amour interdit pour Hippolyte qui a la passion de la chasse et de la vie sauvage. Il est fermement décidé à rester célibataire, tenant les femmes pour responsables de bien des malheurs. Quant à Thésée, c’est à la guerre qu’il voue une passion. Une tragédie familiale où trois êtres sont mus par une passion dévastatrice.

Un texte puissant

Ce qui fait la force de la tragédie de Sénèque, c’est avant tout le texte. Pas de vers comme chez Racine. Dans la traduction de Frédéric Boyer, la langue du célèbre auteur latin paraît plus fluide, plus brute. Les personnages expriment avec force leur douleur et leur passion.

Pour que la pièce ne dure qu’un peu plus d’une heure, il a bien fallu que Lavaudant fasse des coupes dans le texte. Bien que nous soyons dans une tragédie antique, il a fait le choix de ne pas faire figurer le choeur, pour commenter les actions et les décisions des personnages. Seuls cinq comédiens évoluent sur scène : Phèdre (Astrid Bas), sa nourrice (Bénédicte Guilbert), Thésée (Aurélien Recoing), Hippolyte (Maxime Taffanel) et le messager ( Mathurin Voltz). Sur un grand écran au fond de la scène est parfois projeté ce que l’on devine être des strophes du choeur dans la tragédie de Sénèque. L’on y voit aussi des ombres, celles des corps des personnages, courbés par le poids de la passion.

Il est des mises en scènes qui marquent les spectateurs.  Le mythe de Phèdre que Georges Lavaudant nous donne à voir et à entendre est de cette veine-là.

A propos Laurence

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