Rencontre avec Thibault de Montalembert

Pour beaucoup de monde, Thibault de Montalembert est Mathias Barneville, l’un des agents de “Dix pour cent”, la série qui a cartonné sur France 2 ces dernières années et que les Américains nous envient. Bientôt, elle prendra la forme d’un long métrage. Le tournage devrait démarrer dans les prochains mois. Entre-temps, le comédien va être bien occupé. Comme il l’a toujours fait depuis le début de sa carrière – il y a une trentaine d’années-, il va alterner les rôles au théâtre, au cinéma, à la télévision. Difficile de cataloguer Thibault de Montalembert, tant il aime se surprendre et interpréter des personnages différents. Au théâtre, il va jouer dans une pièce de Musset, reprendre en tournée “Un président ne devrait pas dire ça” (notamment au Théâtre Anthéa d’Antibes) avant d’être sur scène aux côtés d’Ibrahim Maalouf dans “Un homme qui boit rêve toujours d’un homme qui écoute”. On le verra bientôt au cinéma dans le premier film de l’actrice Kristin Scott Thomas et à la télévision dans une série d’Apple TV+ sur Benjamin Franklin, aux côtés de Michael Douglas.

La semaine dernière, Thibault de Montalembert était sur la Côte d’Azur. Nous l’avons rencontré à Nice, à l’Hôtel Aston La Scala, quelques heures avant qu’il ne se rende à Carros pour lire “Les cavaliers” de Joseph Kessel dans le cadre du Festival des mots organisé par le département des Alpes-Maritimes. Il nous a parlé de sa passion pour la littérature, de ses nombreux projets et, -sujet incontournable-, de “Dix pour cent”.  

France Net Infos : Vous allez lire à Carros des extraits du roman de Joseph Kessel “Les cavaliers”. Il fait partie de vos livres préférés ?

Thibault de Montalembert : Kessel fait partie de mes auteurs de chevet. Il a nourri ma jeunesse : “Le lion”, “Nuits de princes”, “Les cavaliers” et d’autres… et j’ai aussi lu la biographie qui lui a été consacrée, d’une très grande qualité. Pour la lecture de Carros, j’ai fait un montage des “Cavaliers”.

France Net Infos : Vous faites souvent des lectures à voix haute, en public. Pourquoi cet exercice vous plaît-il tant ?

Thibault de Montalembert : Alain Cuny disait que la lecture était sans doute l’exercice ultime de l’acteur. Il voulait dire par là qu’il n’y a pas d’interférence entre l’écrivain, l’acteur et le public. Ce que j’aime énormément dans ce type de lecture, c’est que chacun voit un film qui lui est propre. Si on interrogeait le public à la sortie, on se rendrait compte que personne n’a vu le même film même si tout le monde a entendu la même histoire. C’est l’une des raisons pour lesquelles les lectures ont le vent en poupe en ce moment. On est tellement saturé d’images qu’on nous impose que tout à coup, entendre une histoire et être dans le rythme de son propre imaginaire, apporte un grand plaisir. Reprendre contact avec son imaginaire, c’est se retrouver soi-même en quelque sorte. Je trouve que c’est très important de pratiquer cet exercice. Cette année, j’ai participé à des lectures dans des établissements scolaires pour préparer les lycéens au grand oral. Je l’ai fait trois fois cette année et partout où je suis allé, que ce soit dans des lycées huppés ou dans des établissements de banlieue, les élèves ont accroché.

France Net Infos : Récemment, vous avez lu des extraits du “Petit Prince” accompagné d’un orchestre. En quoi cet exercice est-il différent ?

Thibault de Montalembert : La musique a été composée spécialement pour l’événement. Il y avait une trentaine de musiciens. C’est une expérience formidable de lire avec des musiciens parce qu’on est ensemble, un peu comme une chorale. Mon plus grand souvenir dans ce domaine date d’il y a quelques années. Un jour, alors que je faisais un spectacle où j’étais seul en scène, un monsieur est venu me voir à la sortie et m’a demandé si j’étais libre le samedi suivant. Nous étions mardi ou mercredi ! Il m’a proposé de faire le récitant dans “Le martyre de Saint-Sébastien”, l’opéra de Debussy avec l’Orchestre Philharmonique de Londres. Ce monsieur était Pierre Boulez. Je lui ai quand même précisé que je ne lisais pas la musique. Je me suis retrouvé à répéter le samedi matin avec l’orchestre. Il m’a seulement précisé que je devais me lever à son signal. Je lisais et j’avais derrière moi cent choristes et tout l’orchestre. C’était une expérience dingue !

France Net Infos : Vous serez l’année prochaine au théâtre aux côtés d’Ibrahim Maalouf dans un “Un homme qui boit rêve toujours d’un homme qui écoute”. La musique et les mots vont à nouveau être associés…

Thibault de Montalembert : La pièce a été écrite à partir des chroniques de Kamel Daoud. Denise Chalem, qui met en scène, a fait le montage avec lui. Ils m’ont proposé de jouer ce journaliste écrivain. Ibrahim fait la musique de la pièce mais va également jouer avec moi sur scène. C’est l’histoire de deux amis, qui, au fil de soirées un peu avinées, discutent sur tous les thèmes qui nous importent en ce moment : l’amour, les religions, les rapports avec le pouvoir, l’écriture…

France Net Infos : Vous êtes vous-même un grand lecteur. Que lisez-vous en ce moment ?

Thibault de Montalembert : Oui, je lis beaucoup mais je suis très éclectique. Ca part dans tous les sens ; j’aime bien me surprendre moi-même ! Je lis en ce moment “Lucien Leuwen” par curiosité mais aussi parce que ce roman me nourrit pour la pièce de Musset “Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée” que je vais bientôt jouer d’abord à Pau puis en tournée, avec mon épouse Hélène Babu. Je lis aussi beaucoup de poésie, Mallarmé et Roumi, un mystique perse du XIIIe siècle.

France Net Infos : Vos choix de lectures sont très variés, autant que peuvent l’être vos choix artistiques. Pourquoi aimez-vous autant passer d’un univers à un autre ? 

Thibault de Montalembert : Plus ça va et plus je vais dans le sens de surprendre les autres et de me surprendre moi-même ! J’ai toujours considéré que mon travail était de faire rêver les autres mais aussi était un moyen de me connaître davantage et d’interroger le monde d’une façon à la fois philosophique et sensuelle. C’est aussi une rencontre avec les autres, avec des réalisateur, des metteurs en scène et avec le public. C’est pour cette raison que j’adore faire des lectures. C’est de l’ordre de la messe, du rituel où on participe tous à une espèce de chose qui nous échappe. On part ensemble faire un voyage ! Peut-être que le cinéma changera de forme d’expression un jour mais le théâtre jamais. Je me rappelle que lorsque je jouais “La Dame aux camélias” avec Isabelle Adjani, il y avait eu le krach en Argentine. Alfredo Arias, le metteur en scène, était allé dans son pays et, à son retour, il nous avait dit qu’il y avait du théâtre partout à toute heure. Les gens avaient besoin de se retrouver ensemble et le théâtre était devenu un lieu de parole et de réflexion. Ca, ça restera toujours !

France Net Infos : Vous venez de tourner dans “My mother’s wedding”, le premier film de Kristin Scott Thomas. Quel rôle y avez-vous ?

Thibault de Montalembert : Je pense que ce sera un très joli film. C’est autour du remariage pour la troisième fois de la mère de trois soeurs (Scarlett Johansson, Sienna Miller notamment). Il y a un côté autobiographique, d’après ce que j’ai cru comprendre. C’est un petit film anglais comme on les aime. J’ai trois scènes. Je joue un milliardaire amoureux de Sienna Miller, qui débarque le jour du mariage, en hélicoptère !

France Net Infos : Vous avez tourné en anglais pour Kristin Scott Thomas mais aussi dans la série “The Grand Master” avec Michael Douglas sur Benjamin Franklin. On va vous voir bientôt dans un film français ?

Thibault de Montalembert : J’ai fait un premier film, “Un jour fille”. C’est l’histoire d’une hermaphrodite, au XVIIIe siècle juste avant la Révolution. Elle est née fille et se sentait homme. Avec l’accord de son curé et de son père, elle a pris un nom de garçon puis il est parti, a rencontré une femme avec laquelle il s’est marié. Puis, un jour, il a été dénoncé par une ancienne conquête, et s’en sont suivis un procès et une condamnation.

France Net Infos : Vous avez joué dans des rôles très différents. Le public vous parle-t-il toujours de “Dix pour cent” ?

Thibault de Montalembert : Toujours ! Pour l’instant, je n’ai rien tourné qui prenne le pas sur “Dix pour cent” ! En France, on a eu un énorme succès mais on n’a pas idée de l’engouement qu’il y a autour de la série aux Etats-Unis. C’est complètement fou ! La série est sortie sur Netflix dès la première saison. Lorsque je suis allé à New York il y a trois ans, des passants m’arrêtaient dans la rue plus qu’en France ! Je pense que plusieurs éléments peuvent expliquer ce succès : c’est très français, c’est bien écrit, et, je pense, bien joué. Et puis, ce rapport des agents avec les acteurs n’avait jamais été  traité auparavant. Tout le monde a envie de savoir ce qui se passe dans les coulisses !

France Net Infos : Maintenant on attend avec impatience le film…

Thibault de Montalembert : Il est en écriture et il devrait normalement se tourner au printemps. Je ne sais pas encore s’il sortira au cinéma ou sous la forme d’un unitaire pour la télévision.

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