
L’étude nous apprend que la Terre a déjà subi par le passé des changements climatiques qui ont engendré des crises biologiques. L’une d’elle s’est produite il y a environ 24,5 millions d’années, avec un réchauffement de 2 à 4°C des eaux océaniques de l’Atlantique Nord, en même temps que naissait les Alpes. Ce qui provoqua une aridification et l’apparition de la saisonnalité en Europe.
Des analyses précédentes réalisées par une équipe franco-suisse avaient montré une modification importante des espèces de grands mammifères herbivores à cette époque : 40% de cette faune a changé entre 25 et 24 millions d’années, à la suite d’une immigration asiatique massive que cette équipe a nommée Microbunodon Event. Bastien Mennecart, chercheur au CR2P (Muséum National d’Histoire Naturelle/CNRS/UPMC) vient de publier un article dans PLOS ONE, dans lequel il prouve sur la base de cinq années de recherches, que l’intégralité des espèces de ruminants européens, a été renouvelée au moment de ce Microbunodon Event.
La majorité des ruminants actuels appartiennent au groupe des Pecora. Ils possèdent quatre poches stomacales qui facilitent l’ingestion d’aliments riches en fibres et peu énergétiques. Les Tragulina, qui furent largement majoritaires au cours de l’Oligocène (époque géologique) se distinguent par une réduction ou absence d’une des quatres poches stomacale et par un régime alimentaire plus énergique, comprenant, fruits, champignons, insectes et même des petits mammifères. La dégradation des conditions environnementales due à un changement du couvert végétal et du climat, associée à la compétition avec des Pecora venus d’Asie a ainsi sonné le glas des Tragulina en Europe. Les nouveaux ruminants ont supprimé les Tragulina dans ces conditions climatiques plus arides, grâce à un métabolisme plus efficace, capable d’assimiler de la nourriture pauvre en énergie. Les Tragulina ne comptent à ce jour que 10 espèces localisées en zone équatoriale, les chevrotains.
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