Festival de Cannes J8 : Dites-lui que je l’aime, Un simple accident et Fuori

Huitième jour du Festival et deux coups de cœur : « Un simple accident » de Jafar Panahi, présenté en sélection officielle et qui a de fortes chances de figurer au palmarès et le film de Romane Bohringer, « Dites-lui que je l’aime », projeté hors compétition à la salle Agnès Varda.

En 2018, la comédienne Romane Bohringer avait réalisé avec son ex-compagnon « L’amour flou », un film réjouissant sur leur vie après leur séparation. Elle était à Cannes pour présenter « Dites-lui que je l’aime » sa première réalisation en solo. Souvent les festivaliers et la presse ont tendance à privilégier les films concourant pour la Palme d’Or, il aurait été dommage de se priver de ce petit bijou. « Dites-lui que je l’aime » est un film hybride, un film ovni comme certains diraient. Le point de départ a été le livre de Clémentine Autain. Lorsque Romane Bohringer a entendu cette dernière en parler à la télévision, elle a été frappée par la ressemblance entre l’histoire de la femme politique et écrivaine et la sienne. En effet, Clémentine Autain était la fille de la Dominique Laffin, décédée dans des circonstances tragiques, à 33 ans. Peu présente, en proie à des addictions, elle l’a confiée, enfant, à son père. Romane Bohringer, elle, a perdu sa mère à 14 ans. Elle avait quitté son père lorsqu’elle était enfant et la voyait de temps en temps. Romane Bohringer a construit son film en établissant un parallèle entre ces deux histoires, ces deux mères en souffrance, absentes, défaillantes, mais qui les aimaient, à leur façon. Les deux femmes se lancent dans la quête de leurs origines. Dans le film, Clémentine Autain n’est pas interprétée par une actrice : Romane Bohringer la filme en train d’égréner ses souvenirs d’enfant avec sa mère, faisant resurgir ainsi des éléments de sa propre histoire. Le film, très émouvant, questionne sur la maternité et parvient à apporter quelques réponses à deux femmes devenues mères à leur tour.

L’année dernière, le réalisateur iranien Mohammad Rassoulof avait provoqué une onde de choc au Festival avec « Les graines du figuier sauvage ». Mardi, c’est le dernier film de Jafar Panahi qui a suscité l’enthousiasme du public. Déjà récompensé à Cannes, il n’avait pas pu venir chercher son prix car il était emprisonné. Il était bien là, dans le Grand Théâtre Lumière pour savourer l’ovation qui lui était destinée. Avec « Un simple accident », réalisé sans autorisation de tournage officielle, il s’intéresse aux conséquences d’un fait divers. Un soir, en voiture, un couple avec sa petite fille, heurte un animal. Il faut alors réparer le véhicule, ce qui va déclencher des réactions en chaîne impliquant plusieurs personnes. Un homme travaillant au garage où se rend le propriétaire de la voiture accidentée croit reconnaître son bourreau, un employé des services généraux qui l’a torturé, lorsqu’il était opposant au régime en place. Il a peu de doutes : il l’a reconnu à sa voix et à sa prothèse de jambe. Pour avoir confirmation, il va voir d’autres personnes, qui, comme lui, ont eu affaire à cet homme. La barbarie doit-elle entraîner la vengeance ? Le film, habilement mis en scène, pose des questions et apporte des réponses. Il a été ovationné par le public dans la salle et ne devrait pas laisser le jury indifférent au moment de choisir son palmarès.

Si ces deux films nous ont ravis, il y en a un qui nous a bien déçus aujourd’hui. Après le très beau « Nostalgia » en compétition en 2022, le cinéaste italien Mario Martone était de retour à Cannes avec « Fuori », un biopic sur la féministe italienne Goliarda Sapienza. Rendue célèbre par son livre posthume « L’art de la joie », elle a effectué plusieurs séjours en prison. Mario Martone s’intéresse à un moment de sa vie, le temps de l’été 1980, lorsqu’elle cherche du travail pour éviter d’être expulsée de son appartement. Même si elle est interprétée par Valeria Golino, on ne parvient pas à s’intéresser très longtemps à cette femme, libre, indépendante et complexe.

A propos Laurence

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