Chanson douce au cinéma le 27 novembre : rencontre avec Lucie Borleteau et Karin Viard

En 2016, Leila Slimani avait obtenu le prix Goncourt avec son roman Chanson douce. L’histoire de Louise, cette nounou au service d’un couple de bobos parisiens avait séduit les jurés mais aussi de très nombreux lecteurs, figurant en tête des ventes pendant plusieurs semaines. La réalisatrice Lucie Borleteau vient d’adapter ce roman à succès. Dans le film, le couple Leila Bekhti et Antoine Reinartz décide de confier ses deux enfants à  Louise. Interprétée magnifiquement par Karin Viard, cette dernière, d’abord gentille et serviable, parvient à se rendre indispensable aux yeux des parents et de leurs enfants, avant d’apparaître de plus en plus inquiétante. Avant sa sortie en salles le 27 novembre, le film a été présenté en avant-première à Nice, lors du festival CINEROMAN. Nous avons pu rencontrer Lucie Borletau ainsi que Karin Viard dans un salon du Palais de la Méditerranée.

France Net Infos : Karin Viard, comment avez-vous abordé ce rôle avec les enfants ?

Karin Viard : J’ai rencontré la petite fille avant le tournage. J’avais bien travaillé mon personnage et au fond, j’étais assez libre de pouvoir jouer avec eux, là où ils allaient m’emmener. Il y avait un canevas très précis. Avec la petite fille, on a été partenaires ; elle était consciente de jouer. Parfois je lui parlais comme à une actrice, parfois comme à une petite fille. Jouer avec des enfants demande une grande capacité d’adaptation ; il faut avoir de la souplesse.

Lucie Borleteau : avec les parents et la production, on avait choisi de garder le secret autour du dénouement. On se disait que sinon la petite fille allait vouloir défendre son personnage et que ce serait injouable pour elle. On n’a pas du tout répété. On voulait garder les fulgurances pour le plateau.

France Net Infos : vous vouliez adapter ce roman depuis longtemps ?

Lucie Borleteau : j’étais en train de chercher une nounou quand j’ai commencé à travailler sur l’adaptation. J’avais voulu adapter le roman à sa sortie mais je n’avais pas pu. Il m’est revenu comme un boomerang, quand je venais d’avoir mon deuxième enfant.

France Net Infos : vous avez fait le choix de ne pas respecter la chronologie du roman. Pourquoi ?

Lucie Borleteau : Ca a été une démarche très longue. Je n’avais pas tranché au début du tournage. Puis on s’est rendus compte que, notamment par rapport au personnage de Louise, c’était très dommage de placer cette fameuse scène au début car elle aurait donné des informations qui aurait nui à la perception des spectateurs sur tout ce qui se passe. J’ai préféré garder ce mystère.

France Net Infos : c’est un rôle qui vous tenait vraiment à cœur ?

Karin Viard : Quand j’ai lu le roman, j’ai immédiatement eu envie de jouer cette femme. Je ne sais pas pourquoi mais j’avais beaucoup d’empathie pour elle. J’ai aimé ce sujet de l’humiliation sociale ; il est très contemporain. Louise est symptomatique de cette humiliation sociale depuis qu’elle est dans la solitude acharnée, qu’elle a sans doute recherchée mais qu’elle subit sûrement maintenant et qui la coupe du monde. Tout cela la rend folle, comme beaucoup de gens dans notre société.

Lucie Borleteau : cette question de place dans la société se trouve aussi du côté des parents. Ils n’auraient pas choisi spontanément d’être patrons. Je les trouve touchants. Ils font des erreurs aussi.

Karin Viard : tous les deux sont un peu hébétés en devenant parents. Elle n’est pas si maternelle ; lui est comme un enfant qui joue à l’homme. Aux yeux des enfants, Louise apparaît comme le meilleur partenaire de jeux.

France Net Infos : le public va peut-être être surpris dans un tel rôle ?

Karin Viard : La seule boussole à laquelle je me fie, c’est mon désir. J’évolue, je vieillis et mon désir me pousse dans une direction ou dans une autre. J’essaie de bien jouer les rôles qu’on me confie et le reste ne m’appartient pas.

France Net Infos : Louise est assez mystérieuse. Le spectateur peut s’imaginer plein de choses à son sujet…

Karin Viard : avec ce genre de personnage, il faut un mystère qui captive, qui donne envie de savoir. Au bout de six minutes, Louise arrive, filmée de dos, ce qui provoque déjà un mystère. En tant qu’acteur, avec un tel personnage, on travaille les couches successives, les sédiments. Louise est un mystère insondable : elle a un passé masqué mais qui surgit par étapes. Elle est à la fois un enfant, une jeune fille excitée, une grand-mère, une vieille âme, une poupée complètement fracassée par la vie. Elle ne se raconte jamais. C’est toujours par défaut. Je n’ai jamais eu à jouer un tel personnage. J’ai peu de freins physiques. Je ne me pose pas de questions du point de vue moral. Ce que je renvoie, ma beauté, ma séduction,  je trouve que ça passe après l’intérêt que je peux susciter comme personnage. Je me dis que la meilleure séduction à avoir comme actrice et comme femme, c’est de bien travailler mon rôle.

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