Festival de Cannes J5 : le retour de Ruben Ostlund et Christian Mungiu sur la Croisette

Ce cinquième jour du Festival a été marqué par l’entrée en compétition de deux anciens lauréats de la Palme d’Or : Ruben Ostlund et Christian Mungiu.

En 2017, Ruben Ostlund était reparti avec la Palme d’Or avec The Square, satire de notre société. Il n’a rien perdu de sa verve et montre avec Sans filtre un miroir à peine déformant de notre société, dominée par la richesse et la beauté. Comme un préambule, la première scène montre un casting dans le milieu de la mode, qui résume à elle seule le propos du film : la critique des apparences et de la richesse. Puis, le film, découpé en trois parties, suit un couple de mannequins influenceurs, d’abord au restaurant dans une scène hilarante où il est questions de l’égalité hommes-femmes face à l’argent, puis dans une croisière pour riches, avec un commandant de bord marxiste blasé interprété par Woody Harrelson, enfin sur une île où les personnages se retrouvent livrés à eux-mêmes pour survivre. C’est ainsi que Ruben Ostlund a présenté son film à ses producteurs et aux journalistes en conférence de presse. On rit beaucoup et souvent et le cinéaste suédois ne fait pas toujours dans la dentelle. La deuxième partie très réussie est pleine de scènes dont on se souviendra. Tous ces milliardaires venus passer une croisière de luxe sont ridicules à souhait. Ostlund livre une farce grotesque sur la société de son temps, dominée par les nouveaux riches. Non loin d’eux, il y a les pauvres, les Philippins notamment qui travaillent pour satisfaire tous ces milliardaires. Mais lorsque la tempête éclate lors d’un dîner mémorable, tout bascule. Certains de ces personnages grotesques se retrouvent sur une île (qu’ils croient désertes). Ils vont devoir se débrouiller pour manger et survivre. Tâche difficile lorsqu’on est riche et qu’on a toujours été servi. Heureusement qu’Abigail, une employée naufragée est là pour prendre la situation en main pour rapporter la nourriture. Investie d’un pouvoir auquel elle ne s’attendait pas, elle va être à l’origine d’une inversion des rôles. Mais jusqu’à quel point les pauvres peuvent-ils dominer ? La troisième partie, un peu plus faible, s’étire un peu trop mais notre plaisir de spectateur est toujours intact. C’est un peu comme si les personnages de l’Ile des esclaves de Marivaux se retrouvaient à Koh-Lanta ! On peut reprocher à Ruber Ostlund une charge un peu lourde parfois mais le film est très drôle et le casting impeccable. Il n’aura peut-être pas la Palme mais le film a le mérite de nous avoir bien divertis, ce qui est très rare au Festival de Cannes.

Avec RMN de Christian Mungiu, on est loin du monde des apparences de Ruben Ostlund. Il nous entraîne dans un village de Transylvanie où cohabitent plus ou moins bien Hongrois et Roumains. L’usine où on fabrique le pain manque de main d’oeuvre et, faute de candidats, embauche trois Sri Lankais, ce qui va déclencher la colère des habitants. Comment accepter que de tels individus mettent la main dans le pain et puissent prendre le travail des locaux qui eux-mêmes vont à l’étranger pour travailler ? Ce sont quelques-uns des arguments que donnent les habitants de ce village dans une scène de réunion tournée en un plan séquence très réussie. A elle seule, elle réunit tous les sujets soulevés par le film : le racisme, la haine de l’étranger, les rapports entre les classes sociales, le rapport à la religion. Chez Christian Mungiu, le monde n’est pas beau, si bien que l’animalité n’est jamais très loin de chaque individu. D’ailleurs, cela n’est pas un hasard si, parmi les personnages, il y a un Français chargé de recenser les ours présents dans le pays. Le personnage de Matthias, revenu dans le village, amant de la directrice de l’usine, impulsif et cédant volontiers à la violence, cristallise les mentalités de ce village, jusqu’à la scène finale, glaçante. Le film ne se comprend pas forcément immédiatement. Il faut prendre son temps pour y penser et reconstituer les pièces du puzzle que Mungiu nous donne progressivement. A Cannes, il a toujours été récompensé. Avec un film aussi maîtrisé que R.M.N, il a toutes les chances de ne pas laisser le jury de Vincent Lindon insensible.

Dans un registre beaucoup plus léger, la section Cannes Première a présenté le nouveau film d’Emmanuel Mouret, Chronique d’une liaison passagère, servie par les excellents Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne. Ils incarnent Charlotte et Simon, qui débutent une liaison tandis que Simon est marié. Il est délicat, sensible tandis qu’elle paraît plus décontractée, légère. Ils ne veulent pas s’attacher et ne se promettent rien. Mais l’arrivée d’un troisième personnage va remettre en question cette liaison passagère, qui est vouée à ne pas durer. Comme toujours chez Emmanuel Mouret, il est question d’amour, de fidélité, de sentiments. Le film est savoureux. Quand il se termine, on est déçu de quitter Simon et Charlotte, ces amants auxquels on s’est attaché.

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