Festival de Cannes J6 : la Palme à “Emilia Perez” de Jacques Audiard ?

Les films de Jacques Audiard sont toujours très attendus à Cannes. Lauréat d’une Palme d’Or avec “Dheepan”, il avait aussi présenté au Festival “De rouille et d’os” et “Les Olympiades”, deux très bons films. Son dernier projet “Emilia Perez” suscitait la curiosité dès l’annonce de sa sélection en compétition. Une comédie musicale se situant au Mexique avec comme personnage principal un narco-trafiquant désireux de devenir une femme et, qui plus est, avec un casting international (Zoe Saldana, Selena Gomez, Edgard Ramirez) et parlé en espagnol ? Voilà en effet de quoi surprendre de la part de Jacques Audiard.

Le point de départ de l’histoire de “Emilia Perez” est totalement improbable. Et pourtant, ça fonctionne complètement ! Le film est une tragédie sur fond de comédie musicale. Audiard utilise les codes des deux registres à fond et nous emporte. Les chansons, pas si nombreuses que ça, ont été co-écrites par la chanteuse Camille. Les actrices (c’est en effet un film qui fait la part belle aux femmes) interprètent leurs rôles mais aussi dansent et chantent. Le rôle titre, Emilia Perez, est interprété par la comédienne trans Karla Sofia Gascon. Elle est formidable. En conférence de presse, c’est à elle qu’étaient posées presque toutes les questions. Elle est de la trempe des actrices d’Almodovar ! Zoé Saldana est l’avocate que ce narco-trafiquant est venu chercher pour qu’elle s’occupe d’aller lui trouver un médecin qui lui permettra de devenir une femme. Quant à Serena Gomez, elle est sa femme et la mère de ses enfants du temps où il était encore un homme. Devenue femme, Emilia Perez va fuir son pays mais, évidemment, il va vouloir revenir et retrouver sa femme et ses enfants, ce qui va mettre en route cette tragédie inévitable. Après avoir fait le mal, Emilia Perez fonde une association humanitaire. Elle incarne le bien et finit par être élevée au rang d’icône ! L’histoire est très invraisemblable mais le film est d’une redoutable efficacité. Audiard joue avec les codes et avec les émotions. Le film a été très ovationné pendant de très longues minutes. Une deuxième Palme d’Or pour Jacques Audiard ? En tout cas, avec “Emilia Perez”, il a fait décoller le Festival qui démarrait plutôt lentement.

Autre coup de coeur de la journée : “C’est pas moi’, un court-métrage de quarante minutes de Léos Carax présenté à la section Cannes Première. Le film est parti de la demande que lui avait faite un musée parisien pour évoquer son oeuvre. Le film parcourt à la fois sa filmographie et celle de ses maîtres mais elle évoque aussi sa vision du monde. On y voit des extraits de ses films et certains plans sont sublimes. Il fallait être présent à la séance officielle pour voir le film : Léos Carax était accompagné de son acteur fétiche Denis Lavant mais aussi de la marionnette, la poupée du film Annette. A la fin du générique, le réalisateur s’est allumé une cigarette, offrant une dernière provocation.

crédit photos : Shochiku Co., Ltd. – Rhapsodie en août d’Akira Kurosawa (1991) / création graphique. Hartland Villa

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