Festival de Cannes J9 : “La passion de Dodin Bouffant” de Tran Anh Hung en compétition et “L’amour et les forêts” de Valérie Donzelli

Neuvième jour du Festival. La fin de cette 76e édition approche et chacun commence à y aller de son pronostic pour le Palmarès qui sera dévoilé samedi soir. Mais il reste encore plusieurs films à voir et rien n’est joué. Mercredi, était projeté en compétition le nouveau film du réalisateur Tran Anh Hung, “La passion de Dodin Bouffant” et “L’amour et les forêts” de Valérie Donzelli dans la section Cannes Première.

“La passion de Dodin Bouffant” de Tran Anh Hung

En 1993, le réalisateur français d’origine vietnamienne avait remporté la Caméra d’Or avec “L’odeur de la papaye verte”. Hier, il a fait son entrée en compétition officielle avec “La passion de Dodin Bouffant”, adapté du roman de Marcel Rouff paru il y a un siècle. Il est effectivement question de passion dans le film : celle de la gastronomie et de l’art de bien manger. L’histoire se déroule au XIXe siècle, en Anjou. Dodin Bouffant (Benoît Magimel) cuisine et savoure les mets avec amour. Il élabore des recettes qu’il réalise avec sa cuisinière Eugénie (Juliette Binoche). A ses côtés depuis vingt ans, elle le comprend instantanément. Un seul regard suffit. Est-elle plus qu’une cuisinière ? Pour lui, c’est évident. D’ailleurs, de temps en temps, elle lui laisse ouverte la porte de sa chambre. Il la demande régulièrement en mariage mais, le plus souvent, elle esquive la réponse. Chez Dodin Bouffant, la cuisine se cultive au quotidien, à l’image du lien (de l’amour ?) qu’il a tissé avec Eugénie. Le film est long et les scènes où Dodin et sa cuisinière préparent les plats nombreuses. La caméra autour d’eux, suit leurs mains en pleine action. Les réfractaires diront que le film vaut pour le plaisir de voir réunis à l’écran Juliette Binoche et Benoît Magimel. Il est pourtant bien plus que cela. Comme un plat délicieux, il se déguste lentement, délicatement.

“L’amour et les forêts” de Valérie Donzelli

“L’amour et les forêts” de Valérie Donzelli était le dernier film de la riche catégorie Cannes Première. La réalisatrice a adapté et même a brillamment trahi le roman d’Eric Reinhardt. Ce dernier était dans la salle Debussy lors de la projection officielle du film et l’a chaleureusement félicitée. Pourtant, Valérie Donzelli a fait des choix narratifs audacieux. A l’inverse du roman, l’histoire est racontée du point de vue de Blanche (excellente Virginie Efira). On devine au début du film qu’un drame s’est produit. C’est à son avocate, et non au romancier comme dans le livre, qu’elle déroule le fil de son histoire, depuis sa rencontre avec son futur mari (Melvil Poupaud) jusqu’à la séparation. Le film révèle aussi dès le début l’existence de la soeur jumelle de Blanche, dont elle est très proche. Très tôt, cette dernière avait vu d’un mauvais oeil sa relation avec cet homme, à l’apparence si gentil et si aimant. Les premières semaines et les premiers mois de leur vie de couple sont idylliques : il est attentionné et très amoureux. Puis, peu à peu, s’installe le mécanisme de la manipulation et de la perversité. Blanche doit lui rendre des comptes. Il l’appelle constamment, devient oppressant. Si le talent de Virginie Efira est incontestable, il faut aussi saluer la performance de Melvil Poupaud qui réussit à faire de son personnage bien sous tous rapports un être destructeur. Ceux qui avaient aimé le livre d’Eric Reinhardt seront peut-être déstabilisés au début. Valérie Donzelli s’en est emparé avec Audrey Diwan pour en livrer une version centrée sur Blanche. D’ailleurs, elle a choisi une fin positive, tournée vers la lumière. On ne peut que la féliciter.

A propos Laurence

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