Festival de Cannes J9 : Sean Baker et Paolo Sorrentino en compétition

Mardi, il était difficile de trouver des billets pour l’unique projection de “Anora”. C’est dire si nous étions nombreux à vouloir voir le dernier film du réalisateur américain Sean Baker, qui est, avouons-le, l’un des meilleurs de la compétition cette année. La projection s’est déroulée dans la bonne humeur et les applaudissements, à la fin, étaient particulièrement nourris. “Anora” c’est le prénom d’une jeune fille d’origine russe, qui se prostitue dans un bar à hôtesses. Un soir, elle est choisie pour vendre ses services à Vanya, un jeune russe puisque c’est la seule qui parle la langue. Séduit, le jeune homme la recontacte pour passer la semaine avec elle. Il la conduit chez lui, dans une somptueuse demeure et lui apprend qu’il est le fils d’un richissime oligarque russe. “Tu n’as qu’à taper son nom sur google”, lui dit-il. Il n’a pas envie de rentrer en Russie et la demande en mariage à Las Vegas. On se croirait au départ dans un “Pretty woman” des années 2020 mais il n’en est rien car les parents du jeune homme vont être informés de la situation et vont charger des hommes de faire annuler cette union. On rit de bon coeur pendant une grande partie du film que l’on pourrait découper en trois parties : le conte de fée d’Anora (qui se fait appeler Ani), la partie où les hommes de main sont à la recherche de Vanya qui s’est enfui et enfin la dernière, lorsque le mariage finit par être annulé après plusieurs péripéties. La deuxième est la plus drôle et dévoile le caractère bien trempé d’Anora, qui est bien décidée à ne pas se laisser faire. Les scènes où elle donne du fil à retordre aux Arméniens venus pour les chercher sont savoureuses ! Contre toute attente, c’est elle qui mène le jeu et prend l’avantage alors que le jeune russe passe pour un lâche, un enfant gâté qui ne pense qu’à s’amuser sans songer aux conséquences. Avec “Anora”, Sean Baker démonte le rêve américain et son désir d’ascension sociale. Le film est une réussite et figurera très certainement au palmarès. En tout cas, la jeune actrice Mikey Madison a toutes les chances de remporter le Prix d’interprétation féminine. Elle est véritablement la révélation du Festival.

Autre film en compétition : le très attendu “Parthenope”, de Paolo Sorrentino. C’est la septième fois que le réalisateur italien vient à Cannes et ses films sont toujours très attendus. “Parthenope” se situe dans la veine de “La grande bellezza”. Cette fois, c’est à Naples qu’il adresse une déclaration d’amour, à travers le portrait d’une femme, Parthenope, qu’il suit pendant plusieurs décennies. Dès sa naissance, elle est l’objet de toutes les attentions. Elle évolue dans une maison somptueuse, au bord de la mer, au milieu de parents et d’un frère aîné qui n’a d’yeux que pour elle. Elle incarne la beauté et séduit tous les hommes qui la regardent et qui l’approchent. Le décor est magnifique, et Sorrentino filme Naples et Capri, la côte et les palais luxueux avec maestria. Certains plans sont à couper le souffle. Parthenope est très belle mais elle a un brin de mélancolie dans le regard qui ne la quittera jamais. Au fil de soirées et de fêtes, elle fait la rencontre de plusieurs hommes, parmi lesquels un écrivain américain interprété par Gary Oldman. Ses scènes, peu nombreuses, sont sans doute les plus touchantes du film. Désabusé, alcoolique, l’homme lui fait prendre conscience de sa beauté et de ce qu’elle peut procurer. Parthenope est très belle mais elle est aussi éprise de liberté. Comme l’a affirmé Paolo Sorrentino en conférence de presse, il s’agit du thème principal du film. Parthenope fait des choix, suit des études d’anthropologie, envisage un temps de devenir actrice. On en vient alors à se poser les questions existentielles inévitables : à quoi sert la beauté ? Rend-elle heureux ? Fait-on les bons choix ? Pendant près de deux heures et demie, Sorrentino nous emmène dans un voyage temporel et géographique où cohabitent  Parthenope, cette jeune femme trop belle mais mélancolique et la ville de Naples. Il aime les deux et les filme amoureusement, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Dans la section Cannes Première, hors compétition, nous avons vu un autre portrait de femme, celui de Maria Schneider. La réalisatrice Jessica Palud a adapté le roman Vanessa Schneider et revient sur le parcours de la comédienne, fille de Daniel Gélin. Elle a partagé l’affiche du “Dernier tango à Paris” de Bernardo Bertolucci aux côtés de Marlon Brando. Le tournage a été très éprouvant pour la jeune femme et à sa sortie, le film a été censuré en Italie, accusé de montrer des scènes pornographiques. Pendant des années, ce rôle lui a collé à la peau et les réalisateurs avaient l’habitude de faire appel à elle pour des scènes déshabillées. Maria Schneider a sombré dans l’alcool et la drogue. Même si sa filmographie a été enrichie par des films majeurs tels que “Profession : reporter” ou “La dérobade”, le traumatisme qu’elle a subi sur le tournage du “Dernier tango à Paris” ne s’est jamais effacé. C’est la trajectoire de cette jeune femme propulsée dans le cinéma puis broyée qu’a filmée Jessica Palud. Pour interpréter Maria Schneider, elle a fait appel à la comédienne Anamaria Vartolomei, qui livre une très belle prestation. Dans le rôle de Marlon Brando, on retrouve l’acteur américain Matt Dillon. Le film nous rappelle ou nous apprend pour ceux qui l’ignoraient combien Maria Schneider a été traumatisée par le film qui a marqué le début de sa carrière. A l’heure où les actrices dénoncent le comportement de prédateurs sexuels dans le cinéma, il apparaît comme nécessaire.

crédit photos : Shochiku Co., Ltd. – Rhapsodie en août d’Akira Kurosawa (1991) / création graphique. Hartland Villa

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