Meurtres au paradis sur France 2 : interview de l’actrice Elizabeth Bourgine

Lundi soir, France 2 rediffusera deux épisodes de “Meurtres au Paradis”, la série policière franco-britannique très appréciée des téléspectateurs. Depuis le début, en 2011, Elizabeth Bourgine interprète Catherine Bordey, la restauratrice et désormais maire de Sainte Marie, le village des Caraïbes fictif où se déroule la série. Une femme au caractère bien trempé, dynamique, auquel la comédienne est très attachée. Nous l’avons rencontrée au dernier Festival de Télévision de Monte-Carlo. Elle est intarissable quand il s’agit d’évoquer Catherine et la série qui la conduit plusieurs fois par an en Guadeloupe. Elle nous a également parlé de son métier de comédienne, de ses rôles marquants au cinéma, mais aussi des femmes sur lesquelles le regard des autres changent quand elles ont dépassé la cinquantaine. Un sujet qui lui tient particulièrement à coeur.

France Net Infos : Dans “Meurtres au Paradis”, vous incarnez Catherine depuis plus de dix ans maintenant. Quel regard portez-vous sur elle ?

Elizabeth Bourgine : Ma Catherine, je l’adore ! Je trouve que c’est une forme forte, lumineuse, puissante. Elle est un roc de bienveillance, d’humour ! Elle est importante dans la série car elle rassure les gens et en même temps elle n’est pas dupe. Elle est une référence puisqu’elle connaît tout le monde, toutes les histoires du village. Je pense que tout le monde voudrait avoir une Catherine dans sa famille ! C’est une femme libre, qui s’assume, qui a plus de cinquante ans. Elle tient le bar où tout le monde se retrouve. Maintenant, elle est maire du village donc elle a une vraie fonction sociale. On ne voit pas dans toutes les séries une femme de cinquante ans, qui soit quelqu’un avec en plus un caractère formidable. J’aime beaucoup sa façon d’être !

France Net Infos : Vous ressemblez-vous toutes les deux ?

Elizabeth Bourgine : Je travaille beaucoup avec ce que je suis. J’ai été choisie pour jouer Catherine. Ce qui est intéressant, c’est qu’à chaque fin de saison, on parle avec l’auteur et les producteurs, de l’évolution de Catherine. Je voudrais que cette femme formidable fasse rêver les jeunes filles et qu’elle rassure les femmes d’un certain âge.

France Net Infos : A la télévision ou au cinéma, les femmes de plus de cinquante ans sont parfois stéréotypées…

Elizabeth Bourgine : J’en ai joué et j’en ai même refusé. Souvent, à la télé ou au cinéma, on voit des femmes de soixante ans malades, regrettant l’éducation qu’elles ont donnée à leurs enfants. Elles pleurent… Souvent, elles ne travaillent plus. Si elles étaient des hommes, on saurait exactement leurs métiers. Elles sont la mère, la grand-mère, la tante de…  Je pense que ce sont des idées très ancrées dans la société, des clichés. On dit qu’en général l’homme a une fonction sociale, qu’on définit souvent par son métier. La femme, elle, est souvent représentée comme étant la femme de.. Elle a de l’émotion, de la sensibilité puis cela devient de l’émotivité, de la sensiblerie. En fait, souvent, l’homme est dans l’action et la femme va apporter des touches de rires, de pleurs. On croit toujours que donner de l’émotivité va donner de l’émotion mais ce n’est pas vrai.  A soixante ans, on n’est pas sans arrêt en train de pleurer sur soi. On prend la vie un peu comme ça. C’est pour cette raison que je trouve Catherine formidable. Elle a une vie qui n’est pas forcément facile mais elle est positive et elle avance.  C’est important de donner une fonction à un rôle féminin dans un film.

France Net Infos : Vous considérez-vous comme une actrice féministe ?

Elizabeth Bourgine : Je suis une femme qui est heureuse d’être une femme, heureuse de vieillir et de montrer ce que c’est qu’une femme qui prend de l’âge et qui n’a pas peur. Je pense que j’enduis cela comme je peux dans les rôles que je joue. Je ne suis pas une militante mais c’est vrai que je fais partie de ces actrices de plus de cinquante ans. Il y en a 30% et il y a seulement 5% de rôles pour nous. Il faut bien reconnaître qu’il y a un problème dans notre métier. L’homme vieillit au cinéma ou à la télé mais il ne faut pas que la femme bouge. Je ne supporte pas qu’on fasse une différence entre les hommes et les femmes.

France Net Infos : Au cinéma, votre rôle dans  “Cours privé” de Pierre Granier-Deferre a marqué les esprits dans les années 80. Vous en parle-t-on toujours ?

Elizabeth Bourgine : Toujours ! Je suis toujours étonnée qu’on m’en parle parce que le film a presque quarante ans. Les femmes justement m’en parlent avec une certaine émotion. Le film les a troublées et en même temps leur a donné confiance. Pour les hommes, mon personnage est toujours un peu de l’ordre du fantasme. Ils ont l’impression de revivre ça. Quand ils m’en parlent, c’est un peu comme si tout à coup ils étaient tout nus devant moi. C’est très étrange. Tous les metteurs en scène avec lesquels j’ai tourné après m’ont dit que le fait que j’aie fait “Cours privé” était important et qu’il était évident que tous les gens allaient penser à ce rôle en me voyant à l’écran dans d’autre films. Celui qui me l’a dit le plus clairement, c’est Claude Sautet. Il m’a dit qu’il me voulait dans “Un coeur en hiver” parce qu’il avait construit mon personnage en pensant à Jeanne, la femme que j’interprète dans “Cours privé”.  C’était un beau personnage, troublant. Jeanne correspondait à ce que j’étais moi en tant que femme à cet âge-là, en tant que comédienne. C’était la première fois que Pierre Granier-Deferre faisait un film un peu plus intime et s’intéressait de plus près aux femmes. L’affiche, un peu sulfureuse, a empêché certaines personnes de venir voir le film et en a attiré d’autres qui n’ont pas forcément trouvé ce qu’ils pensaient chercher. Je l’ai revu il n’y a pas longtemps pour enregistrer les bonus pour la sortie du dvd. J’ai trouvé qu’il n’avait pas bougé. C’est un thriller sur une femme qui ne comprend pas ce qu’elle est et qui finit par s’assumer telle qu’elle est. C’est un joli portrait de femme, complexe. A l’époque, je disais de Jeanne qu’elle était un diamant à multiples facettes et coupant. Par moments, la force de Jeanne, je la retrouve dans Catherine !

France Net Infos : Quels sont vos projets à la télévision ou au cinéma ?

Elizabeth Bourgine : J’ai tourné l’hiver dernier pour Lorraine Lévy une fiction pour France 3, “Clémenceau ou la force d’aimer”. Arditi joue Clémenceau et je suis Madeleine, sa fille. J’avais déjà été la femme et la maîtresse d’Arditi mais jamais sa fille ! C’est l’adaptation d’un livre de Nathalie Saint-Criq. Il s’agit de la dernière histoire d’amour de Clémenceau, non pas physique mais idéale, avec Marguerite, qui a édité son dernier livre. C’est une tranche de vie qu’on ne connaît pas. C’était un bonheur de tourner avec Lorraine Lévy. Avec elle, on échange, on parle facilement. Madeleine est une femme libre pour l’époque : elle avait un mari, des amants. Elle allait dans des cafés, se maquillait, fumait. Je suis contente de jouer une femme comme ça.

France Net Infos : Votre fils Jules Miesch est comédien. Lui donnez-vous des conseils ?

Elizabeth Bourgine : Il a la trentaine maintenant. Depuis qu’il est né, il voit ce qu’est ce métier avec ses bons et ses mauvais côtés. On a une vraie complicité et on s’est toujours parlé de tout librement. Je ne lui donne pas de conseil. Je lui dis simplement d’être lui-même. On a des échanges. Il a tourné dans “Clem”, “Capitaine Marleau”. Il sera bientôt dans une série sur Disney +, “Tout va bien”.  On parle de l’écriture par exemple. Il vient de terminer l’écriture d’un court-métrage. Je trouve sa génération passionnante. On peut être un homme de trente ans et être féministe. C’est à cette génération d’hommes de prendre le relais. Je souhaite à mon fils de trouver un très beau rôle, que la lumière vienne sur lui parce qu’il a du talent et il est à la fois beau et drôle ! Je lui souhaite le meilleur.

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