Accueil / Culture / Cinéma / « Mon pire Cauchemar » interview d’Isabelle Hupert et la réalisatrice Anne fontaine

« Mon pire Cauchemar » interview d’Isabelle Hupert et la réalisatrice Anne fontaine

Dans un cadre intimiste dans l’une des salles du restaurant le Dubern, la réalisatrice Anne fontaine et l’actrice Isabelle Hupert ont répondu aux interrogations des quelques journalistes sur la sortie du film « Mon Pire Cauchemar ». Autour d’un thé et dans un esprit très studieux, la réalisatrice explique la genèse de son projet.

Isabelle Hupert, dès l’écriture du scénario Anne fontaine (la réalisatrice) pensait à vous. Qu’est ce qu’on ressent quand un réalisateur vous annonce qu’il écrit pour vous ?

Isabelle Hupert : Et bien c’est très agréable car ce n’est pas si fréquent ! Même si de près ou de loin on se balade souvent dans l’esprit d’un cinéaste au moment où il écrit son scénario. Souvent la genèse d’un film est de telle sorte qu’on sait pas très bien a quel moment tout d’un coup le désir du metteur en scène c’est porté sur vous. En l’occurrence le fait qu’il surgisse à l’origine, très en amont du projet, c’est très excitant. Après on a une excitation à attendre le scénario, c’est très plaisant.

Anne Fontaine vous tenait-elle au courant de l’avancé du scénario ?

Anne Fontaine : Je lui avais fait part des grosses lignes tout de même !

Isabelle Hupert : Oui mais pas précisément. Et un jour elle m’a donné le scénario fini.

 

Vous dites souvent qu’un accessoire vous suffit pour en savoir suffisamment sur votre rôle, dans ce film quel a été cet accessoire ?

Isabelle Hupert : le costume est assez essentiel et il est essentiel dans tous films. Il est le premier indice qui va renseigner le spectateur sur le personnage que l’on joue. Le costume définit le personnage d’Agathe que je joue. Cela la définit socialement, il y a une élégance, on sent les belles matières, c’est quelqu’un qui est définit très clairement par çà au départ. Le costume était tout à fait essentiel. Après pour que je rentre dans un personnage, il faut que l’ensemble du projet résonne en moi et que je vois de quelle manière il peut passer par moi ou fusionner avec moi. C’est presque comme une greffe quelque chose comme çà qui vous relie plus ou moins secrètement à un personnage et à partir de là tout suit. J’aime bien l’idée de la greffe !

Vous préférez les personnages qui sont loin de vous ou au contrainte très proche de vous ?

Isabelle Hupert : Ils sont tous proches de moi. Dans la mesure où ils sont moi, ils sont forcément proches de moi. Mais c’est à la fois proche et loin puisqu’une histoire c’est jamais sa propre histoire. Je fais en sorte qu’on croit que ces personnages c’est moi. Mais bien sur que ce n’est pas moi, c’est tout le travail de l’acteur justement d’exprimer le trouble le plus grand possible sur cette frontière de sorte que les gens se demandent éternellement qu’est ce qui appartient au personnage et qu’est ce qui appartient à l’acteur. Plus la frontière est brouillée plus je pense qu’il y a une part de vérité qui surgit dans le film.

Anne Fontaine vous êtes vous faite aider pour l’écriture du scénario ? Notamment pour les répliques crues de Benoit Poelvoorde ?

Anne Fontaine : Vous croyez que je ne suis pas capable de dire des choses crues ? Qu’a me voir boire un thé, avec une certaine tenue, je ne suis pas capable d’être parfois crue ? La preuve justement. Quand on fait des films, ce n’est pas obligé d’avoir la tête des répliques que vous faites. Vous vous mettez dans la peau de personnages. C’est assez formidable d’avoir cette liberté qui vous permet de vous exprimer. Donc oui je peux dire des choses très crus ! Si c’est avec une vraie démarche et pas dans le seul but de choquer. Mais ce personnage de Benoit, sa grossièreté c’est un masque, une sorte de devanture qu’il a et qui le protège de sa vulnérabilité. En plus c’était évidemment très drôle de l’imaginer en face de cette femme assez coincée jouée par Isabelle Hupert. Je trouve également que malgré cette crudité, le personnage de Benoit à une sorte de poésie. Quand notamment il imagine faire un bar-aquarium à femme, c’est quelque chose de très poétique.

Le personnage d’André Dussollier ?

Anne Fontaine: C’est un éditeur, un bobo parisien très élégant, il métrise le langage, il a la culture pour cela, et c’est lui qui tombe le premier sous la coupe d’une certaine façon de Patrick (Benoit Poelvoorde). C’est celui qui se dit que Patrick apporte un bol d’air vrai dans sa vie de couple. On a adoré travailler avec André Dussollier. Justement on en parlait avec Isabelle. Parce que c’est une personne tellement fine. C’était la première fois que l’on travaillait chacune avec lui. Il est extrêmement sympathique, c’est quelqu’un qui doute beaucoup mais qui dans l’apparence donne le sentiment de quelque chose de très maitrisé.

Isabelle Hupert : Et ce n’est pas un doute entravant pour les autres.

Comment s’est fait le travail avec Benoit Poelvoorde ?

Anne Fontaine : C’est un acteur qui a besoin de se concentrer en bougeant, en faisant du bruit, en rigolant mais çà n’a qu’un temps.

Isabelle Hupert : C’est quelqu’un avec qui on peut très facilement parler, j’ai beaucoup ri mais on a aussi beaucoup échangé. Le rire peut faire dans un premier temps écran mais çà n’a qu’un temps. Personnellement il y a des moments ou j’aime bien parler avec mon camarade de jeu et des moments ou je n’aime pas. Et Benoit respecter çà. C’est pas non plus quelqu’un qui impose sa manière d’être égoïstement, non, il respecte les autres.

Tout était parfaitement écrit ou benoit vous a apporté des dialogues ?

Anne fontaine : J’ai un peu travaillé en amont avec lui, comme çà on a pu parler du personnage, je lui ai dit un peu le sujet que je voulais faire. Le scénario était vraiment écrit à 90% mais il y a quelques formules, comme par exemple la première scène, quand ils se croisent dans la salle de classe. J’avais écrit d’autres dialogues qui ne fonctionnaient pas. Puis on a parlé fruits et légumes avec Benoit et on l’a construit ensemble ce dialogue ! Il y en a d’autres, mais j’arrive même plus à savoir lesquels parce qu’une comédie c’est très écrit, faut pas que cela soit improvisé ! C’est rarement bon l’improvisation dans la comédie.

Quels sont les questions que l’on se pose quand on doit filmer une comédie ? Est-ce qu’il y a une mise en scène particulière ?

Anne Fontaine : Il y a déjà la façon dont les acteurs jouent. Le rythme c’est comment les acteurs jouent. Ce que je m’étais dit pour la mise en scène, c’est que le personnage de Benoit donne l’impression d’être une sorte de tourbillon. Un personnage qui ne peut pas rester en place et çà devait apparaitre dans le rythme du film. J’alternais justement la façon de filmer. Avec au début des plans fixes, sans mouvements avec des cadres fixes, quelque chose d’élégant mais sans réel mouvement et puis petit à petit j’ai travaillé la caméra à l’épaule avec Benoit de sorte à ce que çà contamine les autres personnages. Je pense que c’est la sensation que çà donne de tourbillon avec des personnages qui ne savent pas trop où çà va aller. Mais la vérité du jeu est pour moi l’élément essentiel qui donne un certain rythme à la comédie. Après il faut équilibrer le film, car quand on écrit ce n’est pas la même chose que quand on film, je pense justement aux scènes qui nous paraissaient bien mais qui n’avaient pas de réelles d’utilités.

Avez-vous coupé beaucoup de scènes ?

Anne Fontaine : Oui j’ai pas mal coupé. Parce qu’il y avait des choses redondantes qui n’allaient pas dans le flue ou le vif du film.

Le personnage de Benoit Poelvoorde est inspiré de quelqu’un que vous avez réellement rencontré, l’avez-vous remercié ?

Anne Fontaine : Je ne l’ai pas remercié car il a entièrement disparut en Espagne, je ne l’ai pas vu beaucoup. Mais je m’étais dit à l’époque que si je le voyais, je ne saurais pas très bien ce qui se passerait. Son petit garçon par contre je l’ai revu une fois. C’est marrant comme un sujet de film peut venir comme çà.

Est-ce un grand plaisir pour vous Isabelle Hupert de jouer des comédies, qui cassent un peu votre image de femme froide et sévère ?

Isabelle Hupert : J’ai pas du tout l’impression de casser quoi que ce soit, car ce n’est pas mon problème. Je me sens très loin de tout ce que l’on peut dire sur des histoires d’images, que je trouve la plupart du temps complètement faux. C’est pour moi une grande paraisse de la part de ceux qui écrivent ce genre de chose, de cataloguer de cette manière là. C’est quelque chose qui ne peut pas m’atteindre car je ne me retrouve pas du tout dans ce qu’on peut dire. Je crois qu’il y a une espèce de confusion totale entre un certain poids des metteurs en scène avec lesquels j’ai tourné, la profondeur des sujets et la nature des rôles. Tout çà n’a la plupart du temps ni queue ni tête. Donc je ne peux pas du tout me sentir libéré d’aborder un genre qui est par ailleurs n’est pas une composition. Quand on joue une comédie on est beaucoup plus proche d’une expression quotidienne plus que dans une expression dramatique. Au fond les rôles dramatiques c’est des visions plus fantasmé de soi même. Alors que quand on joue un rôle dit comique, on est finalement plus proche d’une expression naturelle de soi. Donc jouer une comédie c’est pas si libérateur que çà, et pas si fondamental. Au contraire c’est un genre qui vous approche plutôt de soi. Et puis je prends du plaisir à tout jouer. Vous savez un acteur il s’amuse autant quand il pleure que quand il ri.

Vous avez joué Isabelle Hupert, dans un épisode des experts, était-ce une expérience amusante ?

Isabelle Hupert : Je l’ai fait parce que oui çà m’amusait que l’on me propose de jouer dans cette série. Ils ont écrit l’épisode en pensant à moi, ce que je trouvais extrêmement sympathique et surprenant. Et puis le tournage se fait dans des conditions très agréables, sans aucunes lourdeurs avec vraiment une possibilité de jouer.

Est-ce qu’aux USA vous êtes reconnu dans la rue par les Américains ?

Isabelle Hupert : çà dépend. Là ou il y a le Festival de New York, oui un petit peu. C’est comme ici, il y a des acteurs que l’on croit reconnaitre et puis l’on se dit c’est pas possible çà doit être sa cousine ! Il y a aussi des visages beaucoup plus indéfinissables dont je fais parti.

Anne fontaine : Benoit par exemple quand on se promène avec lui, on le reconnait !

 Est-ce que votre film est aussi une satire de l’art ?

Anne Fontaine : Non ! J’utilise l’art contemporain comme l’incarnation de ce qui sépare les deux personnages principaux joué par Isabelle (Hupert) et Benoit (Poelvoorde). Mais moi j’aime l’art contemporain. Le minimalisme de l’art contemporain n’est pas forcément facile d’accès et je trouvais cela drôle, attachant et émouvant que le personnage d’Isabelle soit petit à petit influencé artistiquement par le personnage de Benoit. Et de les voir converger grâce à l’art en quelque sorte.

Il y a-t-il un message derrière ce film ?

Anne Fontaine : Je pense que c’est les gens qui voient le film qui élaborent ce qu’ils veulent à la fin. Je pense que le public est intelligent et qu’il perçoit facilement les choses, j’essaye toujours de ne pas fermer, visser les fins. Surtout dans la comédie ou il y a une tentation de dire ils vont faire ceci, ils vont vivre comme cela. Pour moi c’était très important que chacun soit libre d’imaginer ce qu’il veut pour la fin notamment.

M.S

Bande Annonce du film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19240031&cfilm=185249.html

A propos Agence

A lire aussi

Fucking Business, un thriller mortel de Do Raze

Les excellentes éditions HC présentent Fucking Business de Do Raze, un polar implacable sur fond ...

Lire les articles précédents :
Shiva Vandana, victoires d’une indienne contre le pillage de la biodiversité : Lionel Astruc

Une biographie qui remet sur le devant de la scène la lutte pour la biodiversité. ...

Condition méteo préoccupant pour les équipages

Les conditions météorologiques du début de course de la Transat Jacques Vabre 2011 commencent à ...

Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne

On connaissait Tintin dessiné par Hergé, le voilà en tri-dimension mis en scène par Spielberg. ...

Fermer