Piaf symphonique au Palais Nikaïa à Nice le 16 octobre : interview d’Isabelle Boulay

Samedi 16 octobre, la scène du Palais Nikaïa de Nice va servir d’écrin à une soirée exceptionnelle,  et riche en émotions. Pour la première fois, Isabelle Boulay interprètera les plus grands titres d’Edith Piaf, accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Nice, sur des arrangements originaux de Nobuyuki Nakajima,  qui a été, entre autres, l’arrangeur, le pianiste et le directeur musical de Jane Birkin lors de la tournée de son spectacle « Gainsbourg Symphonique ».  Cette première date, à Nice, annonce une tournée internationale en hommage au 60ème anniversaire de la disparition d’Edith Piaf.

C’est Gil Marsalla, directeur de Directo Productions, qui est à l’origine de ce magnifique projet. On lui doit déjà un spectacle sur Piaf avec Anne Carrère qui a fait le tour du monde et, plus récemment le spectacle “Roxane”, l’adaptation musicale de Cyrano de Bergerac. Pour fêter les vingt ans de la société qu’il a créée en 2001, Directo Productions, on ne pouvait rêver à un spectacle d’une aussi grande envergure. C’est à la Diacosmie, où se sont déroulées les dernières répétitions de « Piaf Symphonique », qu’il nous a conviés à une conférence de presse, en présence d’Isabelle Boulay. La chanteuse québécoise  nous a fait vivre un moment riche en émotion, en nous parlant, avec beaucoup de sincérité,  de sa passion pour Edith Piaf et de ce spectacle qui lui tient particulièrement à cœur.

France Net Infos : Vous allez interpréter sur scène des chansons d’Edith Piaf, accompagnée d’un orchestre philarmonique. Qu’est-ce que cela change par rapport à d’habitude ?

Isabelle Boulay : C’est complètement différent. On est dans une tension très agréable mais c’est plus périlleux car il faut être très présent les uns aux autres, prendre sa place et en laisser. C’est un peu comme si on marchait toujours sur une corde raide mais c’est extrêmement bouleversant et gratifiant. Il y a des montées en émotion vraiment magiques. Mais je dois faire attention car parfois je rentre dans l’écoute, je ne pense plus que je fais partie du spectacle et j’en oublie de chanter !Il faut que je sois un peu plus vigilante à ce moment-là ! C’est un cadeau du ciel pour un chanteur de pouvoir être accompagné d’une façon aussi belle dans cet espace.

France Net Infos : Comme les musiciens, vous devez donc suivre la cheffe d’orchestre ?

Isabelle Boulay : Oui, c’est une jeune cheffe d’orchestre de 23 ans, Alizé Léhon. Elle est très impressionnante et talentueuse. Je peux me reposer sur elle. Elle est à la fois vigilante et bienveillante. Je fais partie de l’orchestre. Evidemment, je suis un peu la narratrice de la vie de Piaf en interprétant ses chansons mais tout le monde participe au spectacle. Tout donne de la dimension.

France Net Infos : Ressentez-vous une certaine pression à chanter Piaf sur scène ?

Isabelle Boulay : Oui forcément. Piaf est la chanteuse qui m’a donné envie de faire ce métier. Je l’écoute depuis que je suis toute petite. J’ai pris soin d’aborder les choses avec humilité pour ne pas tomber dans une imitation ou une caricature, c’est là qu’est le plus grand péril. J’ai beaucoup réfléchi aux chansons et je me les suis appropriées, j’espère, suffisamment. Je l’aime tellement que je ne me serais pas permis d’emprunter trop de choses à sa voix ou à sa personnalité. Pour moi, c’est un trop beau modèle. C’est comme si on m’avait prêté ses bijoux les plus précieux. J’ai donc envie de les porter  avec le plus grand  respect pour elle. Pour moi, Piaf est la plus grande chanteuse de tous les temps ! C’est sûr que c’est périlleux mais en même temps, je fais confiance à l’amour et au respect que je lui porte. Je vais avancer et embrasser ses chansons comme je l’aurais embrassée, elle, pour la remercier de ce qu’elle m’a apportée à moi et à la chanson française.

France Net Infos : Que vous a-t-elle apporté, à vous ?

Isabelle Boulay : Quand  j’étais enfant, je lisais beaucoup et ma mère m’achetait des livres de la Comtesse de Ségur, les Martine…Un jour, à onze ans, je lui ai demandé qu’elle m’achète un livre sur Piaf. Elle avait été surprise. Mais elle était arrivée avec le livre de Simone Berteaut qu’elle avait commandé. Je l’avais lu très vite. J’avais trouvé que ses chansons lui ressemblaient. J’avais l’impression de la connaître déjà. Et plus je lisais et plus je l’aimais. Elle avait une assez grande exigence mais je l’aimais d’autant plus qu’elle devait sûrement savoir au fond d’elle-même qu’elle n’allait pas vivre très longtemps. Elle a vécu intensément et ne s’est rien refusé. Elle a connu les plus grandes joies et deux des plus grands chagrins que l’on peut vivre dans une vie humaine : elle a perdu son enfant et son plus grand amour. C’est un destin à la fois tragique et fabuleux. Je pense que, pour elle, chanter a été une sortie de secours formidable. Dans ma vie, chanter, c’est la même chose ! Ce n’est pas le côté égotique de mon métier qui m’a attirée mais le fait de pouvoir faire de la beauté avec de la douleur humaine. J’ai eu une famille nombreuse avec des joies et des drames. J’ai eu très vite à l’intérieur de moi des matériaux avec lesquels il fallait que je fasse quelque chose. J’ai réussi à les exorciser et à arrêter d’avoir peur de vivre en chantant. C’est peut-être là où je lui ressemble le plus, en toute humilité. Piaf est inégalable en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’être humain. C’est difficile d’avoir autant de densité dans une vie aussi courte que la sienne.

France Net Infos : Comment vous êtes-vous approprié ses chansons ?

Isabelle Boulay : Les chansons font leur espace à l’intérieur de moi. J’aborde ça avec beaucoup d’humilité et avec toutes mes imperfections. Quelque part, je m’appuie sur le respect que j’ai pour elle mais aussi sur mes propres forces. A partir de là, je chante en me collant aux chansons et à l’orchestre et j’espère que ce sera bien !

France Net Infos : A Nice, ce sera une première. Vous avez le trac ?

Isabelle Boulay : Beaucoup ! Evidemment, là, il y a plein d’enjeux. C’est la première fois que je fais ce spectacle, devant beaucoup de gens et avec un orchestre philharmonique. En plus, ça fait deux ans que je ne suis pas montée sur scène pour chanter plusieurs chansons. Je vais essayer de faire de ma vulnérabilité un outil !

France Net Infos : Quelle est votre chanson préférée d’Edith Piaf ?

Isabelle Boulay : C’est un délice pour moi de chanter du Piaf. Ses chansons sont très exigeantes, même si elles ont l’air simples.  Par exemple, les chansons « Les flonsflons du bal », c’est très tragique. Dans une vie, il y a des moments de joie et de grande solitude. Moi, j’aime la solitude mais celle que je choisis pas celle que ma vie m’impose. Cette chanson parle de solitude avec une mélodie qui nous emporte. C’est ce qui est beau dans une chanson : parvenir à faire quelque chose de presque joyeux avec une chanson un peu tragique. A travers ce spectacle, j’apprends encore des choses sur son œuvre, sur elle et ça me fait me rapprocher d’elle. Moi qui pensais la connaître, je ne la connaissais pas encore assez….

Isabelle Boulay chante Piaf avec l’orchestre philarmonique de Nice, samedi 16 octobre au Palais Nikaïade Nice.

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