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Pourquoi continuons-nous à punir nos enfants ?

Malgré de nombreuses études montrant l’inefficacité de la discipline imposée aux enfants, la punition ou les réprimandes restent la méthode la plus appliqués par les adultes.Décryptage d’une ambivalence étonnante.

Les enfants ne le savent que trop bien… Lorsqu’ils ne respectent pas les règles, ils seront sanctionnés.  Peu importe d’ailleurs, qu’ils aient mal compris, qu’ils ne soient pas en capacité d’exécuter l’ordre ou que celui-ci leur semble inapproprié, l’adulte soumet la règle, évalue son application et se place en seul juge de la bonne exécution.

Que la punition soit effective ou perceptible grâce au regard « déçu » ou pire, « attristé » de ses parents, aucun n’échappe à cette terrible loi : « tu n’as pas bien agis… Tu seras puni… ». Il n’est pas étonnant qu’il soit perçu comme un être supérieur, tantôt méprisé pour son manque d’humanité, tantôt adulé pour son omnipotence.  Tous les enfants en témoignent, être adulte, c’est être libre, et d’ailleurs… Quand j’aurais 18 ans…

 punir les enfants

Toujours est-il que nous continuons à envisager la punition comme la meilleure façon d’éduquer nos enfants et que l’échec de la méthode est souvent attribué au « laxisme » parental ou sociétal, faignant d’ignorer qu’à l’époque où les châtiments corporels et les punitions extrêmement dures étaient monnaie courante, les lois et les règles n’étaient pas non plus suivies à la lettre. Preuve en est, que les délits et les crimes ont, malheureusement, toujours fait parties de nos sociétés.



Vos enfants ne sont pas vos enfants… Ce sont les fils et les filles du désir de Vie. (…)

Et quoiqu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour, mais non vos pensées, Car ils ont leurs pensées propres. (…)

Vous pouvez tenter d’être comme eux, mais n’essayez pas de les rendre comme vous. (…)

Vous êtes les arcs qui projettent vos enfants comme des flèches vivantes. (…)

Le prophète, Khalil Gibran.

 

 

La punition appropriée

Un grand nombre de spécialistes s’accordent à dire que la punition est un acte libérateur pour l’enfant si celle-ci est approprié, car elle l’empêche de sombrer dans la culpabilité et de ce fait d’avoir une mauvaise image de lui-même.

De nombreux ouvrages présentent les manières efficaces ou correctes de sanctionner, excluant bien entendu la fessée -considéré comme un acte barbare-. Le plus souvent, ils reconnaissant toute forme de privation, tant que celles-ci prête sur des activités dites stériles – comprenez qui n’ont pour seul but que de divertir l’enfant-, comme une réaction adéquate et préconisent une « échelle » de sanctions en corrélation avec une « échelle » d’actes répréhensibles. On ne punit pas de la même façon un gros mot et un coup de pied.

Face à ce bloc idéologique, les parents que nous sommes sont souvent accusés de maltraitances lorsqu’ils ne parviennent pas à « éduquer  convenablement » leur enfant, car en n’appliquant pas la sanction appropriée, ils prennent le risque d’élever « un enfant roi », preuve inébranlable de leur incompétence…

Entre la peur du jugement, l’angoisse de ne pas « donner de limites » à leurs enfants et aucune autre méthode connue, beaucoup capitulent et tentent tant bien que mal d’appliquer cette fameuse punition appropriée, faignant d’ignorer que cette façon de faire n’a jamais vraiment fonctionné…

Les limites de la punition

Selon le Dr Thomas Gordon1, il y a une différence de taille entre le fait d’influencer un enfant, durant son processus d’apprentissage, et le fait de le dominer.

La domination engendrée par des pratiques punitives n’influence pas l’enfant. Dans le « meilleur des cas », celui-ci se soumettra, par crainte de la sanction. Autrement dit, en étant assez ferme, en appliquant à la lettre le règlement familial, sans jamais faire d’exception, l’enfant admettra qu’il ne peut remettre en question les « ordres » ou « règles » dictées par quelqu’un de plus fort que lui, physiquement ou psychiquement, en présence du contrôleur ou lorsque celui-ci peut être au courant de l’attitude répréhensible ! La méthode pouvait donc être efficace lorsqu’elle était associée à une croyance divine et surtout omniprésente. Tel en était d’ailleurs le but à en croire le Dr James Dobson, qui écrivit en 1978: « L’enfant apprend à céder à l’autorité divine en apprenant d’abord à se soumettre (plutôt que de négocier) à l’autorité de ses parents… ».

Thomas Gordon met en garde quand aux véritables réactions des enfants face à une tentative –aboutie ou non- de domination. Selon lui, lorsque l’enfant ne parvient pas à suivre la règle, il va tenter de s’adapter à la situation et développer des mécanismes défensifs tels que le mensonge, la dissimulation, la flatterie, le repli sur soi, l’auto punition, la tricherie… Pour ne citer que ceux là. Si cela ne fonctionne pas, il va nourrir une grande colère et agir à l’encontre de ceux qui tentent de le dominer en tentant de les punir également, en allant vers ce que le parent ou le contrôleur craint le plus et n’agira plus en fonction de son bien être, mais bien dans l’intention de blesser l’adulte.

Sans remettre en cause la nécessité d’apprendre des règles de vivre ensemble aux enfants, Thomas Gordon préconise une approche différente, favorisant l’autodiscipline, méthode qui a l’immense avantage d’apprendre l’autoévaluation aux enfants et d’emporter leur adhésion. Il rompt avec le mythe de l’enfant mauvais et s’appuie au contraire sur le besoin d’harmonie inhérent à chaque être humain. L’adulte n’est plus perçu comme un contrôleur mais comme quelqu’un qui va apprendre à utiliser toutes les ressources disponibles, car il arrive bien souvent que ce que nous, adultes, percevons comme un acte répréhensible, résulte d’un manque de méthode de l’enfant.

Un enfant qui ne range pas sa chambre ne préfère pas vivre dans un environnement en désordre, peut être manque-t-il d’organisation ou de temps pour le faire et se retrouve anéantis par l’ampleur de la tâche ou encore, lorsque un enfant se met à crier, ce n’est pas parce qu’il décide de devenir tyrannique, mais bien parce qu’il se sent impuissant.

Le rôle de l’adulte est donc de l’aider à gérer ses émotions et à s’exprimer de façon à être entendu, en aucun cas de le punir et de lui faire croire qu’il ne doit pas être en colère, s’il est en colère, c’est qu’il a ses raisons, et ce qui est inacceptable n’est pas la colère, mais la façon dont il la déverse sur son entourage.

 

La confiance comme base d’éducation…

Dans son best seller, le pouvoir de la confiance, Stephen MR Covey2, raconte comment son père lui a inculqué les notions d’autonomie et de responsabilité. Il avait en charge le jardin familial et son père ne lui avait donné pour seule consigne : le jardin doit être propre et vert. Il lui désigna le jardin du voisin comme exemple. Choisi le moyen que tu veux, sauf de le peindre. Il continua en lui disant : et voici ce que j’entends par propre. Il ramassa deux sacs et père et fils ramassèrent saletés et brindilles. Il termina avec ceci : Maintenant, il faut que tu comprennes qu’à partir du moment où tu te charges de ce travail, je ne m’en occuperais plus. Nous contrôlerons ton travail deux fois par semaine en faisant le tour du jardin. Tu seras seul juge de ta réussite et tu auras la possibilité de me demander toute l’aide dont tu auras besoin.

Stephen MR Covey raconte que pendant plusieurs jours, il n’a rien fait et que lorsque son père lui a demandé comment allait le jardin, il a répondu que tout allait très bien. Lorsqu’ils s’adonnèrent au contrôle prévu, l’enfant se rendit compte que l’herbe était jaunâtre et parsemées de saletés. Il se mit à pleurer et s’écria : « mais c’est trop difficile ! ». Son père lui répondit : « Qu’est ce qui est difficile, tu n’as rien fait ? As-tu besoin d’aide ? ». L’enfant acquiesça et ils recommencèrent à nettoyer ensemble le jardin et à l’arroser.  Depuis ce jour, le gazon familial fut propre et vert.

Cette histoire illustre la méthode du Dr Thomas Gordon et fait apparaître la nécessité de créer une confiance entre adulte et enfant. Le parent ne devrait-il pas être un référent, une aide toujours présente, une boite à outils permettant à l’enfant de réaliser ses objectifs, plutôt qu’un contrôleur sévère et robotisé ?

Dans son livre « T’es toi quand tu parles », Jacques Salomé, affirme qu’ « il s’agit d’oser accepter que tout enfant a un savoir, un ressentis, une expérience de vie…

 

Un contrôle gagnant gagnant

Ce que nous souhaitons par-dessus tout pour nos jeunes, c’est qu’ils puissent vivre en société, qu’ils soient autonomes et responsables, qu’ils arrivent à avoir leur propre esprit critique et qu’ils restent libre, liberté si durement acquise par nos ancêtres et encore si fragile voire inexistante dans une grande partie du globe…

En appliquant la méthode « classique » de la carotte et du bâton, nous élèveront des enfants qui illustreront avec Brio l’expérience de Milgram qui démontre que la plupart des sujets torturent littéralement d’autres êtres humains lorsqu’une autorité perçue comme bienveillante leur demande de le faire !

Plus que de l’enfant roi, nous devrions avoir peur de l’enfant soldat et commencer à préconiser une approche gagnant gagant de l’éducation. En arrêtant de considérer l’enfant comme un être sans limite et sans conscience, nous pourrions probablement l’accompagner réellement vers nos règles de vie, et considérer que si l’on apprend la domination à un enfant, il essayera de dominer plus tard, par pur mimétisme. Une éducation basée sur la confiance et l’apprentissage de moyens, plutôt que de concepts, permettra sans nul doute aux parents d’être plus détendus et aux enfants d’avancer vers plus d’autonomie et de respect de l’autre…

1. Eduquer sans punir, de Thomas Gordon

2. Le pouvoir de la confiance, de Stephen MR Covey

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    Article très soigné qui oublie pourtant un principe fondamental de nos sociétés : à l’heure où les parents sont moins disponibles pour les enfants s’ils ont un travail prenant, l’école, les contacts et les technologies contribuent également à l’éducation d’un enfant.
    Et la catastrophe peut démarrer par ces biais :

    – Méthodes d’éducation limites à l’école (on pardonne aux professeurs qui sont souvent jetés dans le grand bain sans expérience de gestion d’une classe. On connait aussi notre capacité, en tant qu’enfant, à jouer de ce rapport de force avec un(e) prof sans autorité).
    – La cour, le monde extérieur, ne sont pas toujours tendres et peuvent provoquer les traumatismes abordés dans votre article : la punition n’est pas toujours voulue, mais elle peut être subie par un enfant qui se prend des remarques ou commentaires insoutenables par d’autres enfants moqueurs. Et ainsi durablement changer leur comportement, comme une gifle : ça fait mal, c’est injuste, c’est inutile, on se défend ensuite.
    – Sans oublier l’influence de la télévision, de ses programmes et d’internet qui ne sont pas toujours dotés de valeurs à partager, mais là on revient à la responsabilité des parents : veiller à un accès juste et raisonné aux contenus en expliquant pourquoi tel ou tel canal est déconseillé et pas seulement en disant que c’est interdit.

  2. Bonjour,

    C’est vraiment très intéressant comme article! Vu la désobéissance des jeunes aujourd’hui. Il ne faut surtout pas aussi oublié qu’il y a toujours des effets surtout au niveau mental des enfants. Donc, il faut savoir limiter les punitions. Voilà une très belle astuces qui pourront nous aider.

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