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Rencontre avec Denis Podalydès

Le Festival des mots organisé dans le cadre des Soirées Estivales du Département des Alpes maritimes s’est achevé samedi 21 août à Auribeau-sur-Siagne. Denis Podalydès a lu des extraits de Un diamant gros comme le Ritz de Francis Scott Fitzgerald devant un public conquis. Il nous a accordé une interview à l’hôtel Aston de Nice, en fin d’après-midi, avant qu’il ne se rende à Auribeau. Une rencontre passionnante et enrichissante.

Denis Podalydès (crédit photos : Departement06)

Passionné par les mots

Le temps passe vite en compagnie de Denis Podalydès, surtout lorsque la conversation porte sur la littérature. Un sujet inépuisable pour cet amoureux des mots et des voix. Sociétaire de la Comédie française depuis 2000, Denis Podalydès a interprété les plus grands textes du répertoire et il est aussi très souvent sollicité pour des lectures en public. Il reconnaît que tout lui plaît dans cet exercice : « le lieu, le moment, le texte, le public, le fait que tout cela n’ait lieu qu’une seule fois, que ce soit préparé un tout petit peu mais pas trop, à peine répété, de façon à être tout à fait disponible au moment voulu, dans le lieu voulu, pour transférer le contenu du texte qu’on lit dans la tête de ceux qui écoutent. Il faut parvenir à ce que ce texte vive et se déploie dans leur tête. C’est comme si je projetais un film et je souhaite qu’il soit le plus détaillé possible pour que le public perçoive non seulement les images mais qu’il comprenne aussi les pensées, les motivations des personnages s’il s’agit d’une histoire romanesque. Je souhaite que les gens entendent les sonorités si c’est un texte poétique. J’aimerais que ce qui est contenu dans des pages reste dans leur mémoire.»

 Quelle magnifique définition de l’acte de lire en public. Si Denis Podalydès l’apprécie tant, c’est que lui-même a été « un auditeur passionné de lectures publiques. » Il nous a ainsi cité des lectures mais surtout des lecteurs qui l’ont profondément marqué : Patrice Chéreau, Alain Cuny à Avignon notamment. Il nous a confié qu’il avait passé sa jeunesse à écouter des romans enregistrés. « J’écoutais des voix qui sont devenues pour moi aussi chères que la voix de mes plus proches, Fanny Ardant, Delphine Seyrig, Dussolier, Trintignant ou Marguerite Duras et  Nathalie Sarraute qui se lisent aussi magnifiquement. Les écrivains, ce sont des voix, et les grandes voix écrivent aussi d’une certaine manière. Avec Trintignant, on entend une plume qui gratte le papier. Quand Luchini lit Flaubert, c’est admirable. C’est parfois ce qu’un acteur peut faire de plus miraculeux car il n’y a pas de caméra, seulement une scène mentale, dans un lieu pas forcément toujours dévolu à la lecture. » Le miracle peut alors se produire. « Lorsque les gens ont écouté vraiment une lecture, se dégage un certain bien-être. On est fier d’avoir écouté une bonne lecture. C’est comme un plaisir intellectuel, qui est sensible aussi, réel. »

A Auribeau-sur-Siagne, Denis Podalydès a lu la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, Un diamant gros comme le Ritz. « Elle est passionnante à lire. C’est un texte moitié fantastique, moitié policier. Comme dans toute l’œuvre de Fitzgerald, on retrouve la fascination du grand monde. J’avais lu Tendre est la nuit et Gatsby. J’avais une connaissance de Fitzgerald à travers le couple qu’il formait avec Zelda et cette nouvelle m’a remis en contact avec la délicatesse de l’écrivain. Il y a toujours dans son œuvre ce mélange de fascination et de perdition de la jeunesse face à la richesse. J’avais oublié que c’était si beau. »

Au théâtre, des spectacles en solo, très proches de la lecture

En ce moment, les spectacles que fait Denis Podalydès sont très proches de la lecture. On pourrait les qualifier de « lectures par cœur ». Ce sont les rencontres avec les textes qui suscitent son désir. Lorsqu’il a découvert  Ce que j’appelle oubli  de Laurent Mauvignier, il s’en est emparé avec « un appétit de fauve », pour reprendre ses mots. Il s’est jeté dessus alors qu’il n’avait lu que trois pages. Après, il a rencontré le romancier qui est devenu un ami. Il a créé le spectacle qu’il a finalement peu joué.

En novembre, à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord, il va reprendre La disparition du paysage de Jean-Philippe Toussaint, qu’il n’a joué pour l’instant que quatre fois : d’abord devant un public de trente personnes aux Bouffes du Nord l’hiver dernier avant que les théâtres ne ferment puis au Luxembourg et enfin à Pau. L’écrivain lui a un jour remis en main ce monologue d’un homme qui raconte ses derniers instants. Il souhaitait que Denis Podalydès porte le texte sur scène. « Je l’ai gardé avec moi pendant un certain temps. Je le lisais puis je le trouvais tellement difficile à faire au théâtre. Je le voyais en lecture publique mais Jean-Philippe Toussaint me demandait plus. Je me suis senti comme investi de la mission de transmettre théâtralement ce texte. C’est un solo mais il me fallait un décor. J’ai donc fait appel à Aurélien Bory, qui m’a mis en scène. » Pour le comédien, c’est un spectacle « d’images et de mots ; les mots suscitent les images et les images suscitent les mots ».

Récemment, il a eu un gros coup de cœur littéraire : Ce que c’est qu’une existence de Christine Montalbetti (éditions POL). Un roman choral qui se passe dans la même journée, au même moment. Il parle de tout ce qu’on vient de vivre avec la pandémie. Un très beau livre qui, à ses yeux, mériterait un prix littéraire.

Les nuits d’amour sont transparentes en librairie en octobre

En octobre, ce sont les mots de Denis Podalydès lui-même que nous pourrons lire, dans son dernier livre  Les nuits d’amour sont transparentes (La librairie du XXIeme siècle, édition Seuil).  Le titre est une phrase extraite de La nuit des rois de Shakespeare. « Ce livre raconte la période des répétitions de ce spectacle que j’ai fait en 2018 avec le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier. J’avais commencé à prendre des notes pendant les répétitions mais c’est aussi une scène de la vie d’acteur à ce moment-là de mon existence. Ca se passe à la Comédie française en très grande partie. Il y a aussi des textes un peu extérieurs aux répétitions. »  Ce livre représente un an d’écriture. Denis Podalydès écrit dans les marges de son métier, dans les avions. « J’aime que ce soit dans des plages de temps un peu marginales parce que je ne me sens pas du tout écrivain dans le sens noble du terme. »

Au cinéma, bientôt dans Tromperie d’Arnaud Desplechin, adaptation d’un roman de Philip Roth

Au cinéma, en décembre, il prononcera les mots de Philip Roth dans Tromperie, le nouveau film d’Arnaud Desplechin, présenté dans la section Cannes Première au dernier Festival de Cannes. Il s’agit d’un roman fait de dialogues, sans narration, ni description. « Ce livre est un peu à part dans l’œuvre de Philip Roth dans laquelle Arnaud Desplechin s’est logé. Le film tient autant à l’œuvre d’Arnaud qu’à l’œuvre de Roth. J’étais à l’écoute de Léa Seydoux. Plus j’étais une oreille, plus Arnaud semblait content. »

Il sera aussi bientôt à l’affiche de deux autres films, présentés également à Cannes : Les amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anaïs Demoustier et Valéria Bruni-Tedeschi, « un film un peu rohmérien, très amusant à tourner » et Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse. « Un film controversé, très gonflé. J’ai tourné quatre jours. J’ai deux-trois scènes. C’était très amusant à faire. L’interprète principal, Alexandre Steiger, est un très bon ami et un acteur que j’adore. »

Trois films avec des univers très différents. Qu’est-ce qui motive Denis Podalydès à accepter un film ? «  La personne qui est derrière et sa vision du monde. Entrer dans une histoire, c’est entrer dans un dialogue avec cette personne et voir le monde avec ses lunettes. Au cinéma, j’ai besoin de l’autre. Les acteurs sont aussi des instruments. J’ai ma créativité et en me mettant au service et à l’écoute d’un metteur en scène, elle est moins repliée sur elle-même. J’essaie de me rendre disponible au monde du réalisateur mais aussi aux techniciens et à mes partenaires. »

Nous aurions pu passer des heures entières à écouter Denis Podalydès parler de son métier et de littérature. Mais il avait rendez-vous avec le public d’Auribeau-sur-Siagne. Avec sa voix, il les a transportés dans l’univers de Scott Fitzgerald. Une rencontre qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Tout comme nous.

A propos laurence ray

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