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Rien s’oppose à la nuit : Delphine de Vigan

Comment une femme peut se reconstruire après le suicide de sa mère ? Delphine de Vigan tente de répondre à cette question en confrontant ses souvenirs d’enfance et les témoignages laissés par sa mère et sa fratrie.

Delphine de Vigan débute sur une description de l’enfance de Lucile (sa mère) qui paraît idéalisée. Cependant, dans cette famille nombreuse, existe des mensonges, des malentendus, des joies et des rires. Durant leur vacance, un de ses frères meurt tragiquement. Pour palier cette perte, les parents adopte un enfant qui mettra fin à ses jours quelques années plus tard.Durant cette période, la loi du silence est imposée. Aucun membre de la famille n’aborde les sujets qui fâchent. Cette famille vit sous la domination d’un père puissant et caractériel.

Dans une seconde partie, l’auteur de ce roman familial raconte avec émotion la descente aux enfers de sa mère. Celle-ci tente de fuir ses angoisses, elle plonge dans l’alcool, la drogue, les hommes. Elle sombre dans une folie, sera plusieurs fois admise dans un hôpital psychiatrique. Durant ces moments de démence, elle écrit, ose se livrer enfin. Elle écrit que son père l’a violé, mais le drame est passé sous silence. Ce ne peut être vrai et aucun membre de la famille demande une explication. Ils laissent Lucile couler à pic. Les suicides se succèdent à un rythme incroyable;  des amants, des amis, des frères et des cousins se tuent avec des armes à feu. Delphine et Manon restent abasourdies par l’absence d’aide de leur famille. Leurs sentiments vis à vis de leur mère sont inconstants, elles l’aiment, la détestent. Mais ce qu’elles désirent avant tout c’est vivre normalement, sans angoisse.

A la suite de son dernier internement, Lucile reprend goût à la vie. Elle passe un diplôme d’assistante sociale, rencontre une misère différente de la sienne. Lucile devient utile aux autres, elle existe à nouveau. Delphine et Manon ont grandi, ont eu des enfants qu’elles confient à leur mère avec parfois des appréhensions mais aussi de grandes joies. La confiance refait surface.

Hélas le bonheur est de courte durée. Lucile est atteinte d’un cancer. La mort commence à la rattraper. Sa propre mère vient de mourir d’un cancer quelques mois avant que Lucile ne se suicide. Elle désirait mourir encore vivante.

Ce roman n’est pas pathétique, il est une lettre d’amour d’une fille à sa mère. Cette mère, devenue folle par le poids du silence, n’a jamais cessé d’aimer ses filles. Durant toutes ses errances, elle tente de leur donner à sa manière les éléments qui ont déterminé sa folie.

Ce roman est celui aussi du doute, celui de l’écrivain face à sa volonté de se confronter à cette vérité tronquée par le passé. Delphine de Vigan a besoin de se rassurer pour ne pas sombrer.

Cet écrit est un moyen de stopper le cataclysme qui ravage cette famille. Le roman débute par la mort de sa mère et s’achève par le suicide de celle-ci. La boucle est bouclée. C’est un roman d’amour et d’espoir.

Voici quelques citations tirées du récit:

 » Le livre, peut-être, ne serait rien d’autres que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

« Ces images, et chacun de leurs détails (vêtements, coupes de cheveux, bijoux) font partie de ma mythologie personnelle. Si les époques se résument au lieu qui les contient, Yerres reste pour moi l’emblème d’un avant. Avant l’inquiétude. Avant la eur. Avant que Lucile déraille. Avec le temps, voilà donc ce qui l’emporte, la mémoire a fait son tri. »

 » Comme des milliers de familles, la mienne s’est accommodée du doute ou s’en est affranchie. A la rigueur pouvait-on admettre une certaine ambivalence, un climat qui prêtait à confusion, mais de là à imaginer le pire…Un viol fantasmé par Lucile, voilà tout. Cela rendait les choses respirables, or il y avait si peu d’air. »

« Pendant des années, j’avais eu honte de ma mère devant les autres, et j’avais eu honte d’avoir honte. Pendant des années, j’avais tenté de fabriquer mes propres gestes, ma propre démarche, de m’éloigner du spectre qu’elle représentait à mes yeux. Même maintenant qu’elle allait mieux, je ne voulais pas d’avantage lui être semblable, je voulais être l’inverse d’elle, refusais de suivre ses traces, j’évitais au contraire toute similitude et m’appliquais à emprunter les directions les plus opposées. »

 

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