Sarah Abitbol était à Nice pour l’exposition “Cri d’Alerte” : interview

La ville de Nice occupe une place à part dans le coeur de la patineuse Sarah Abitbol. En effet, en 2000, c’est dans la capitale azuréenne qu’elle a remporté la médaille de bronze aux championnats du Monde de patinage artistique aux côtés de son partenaire Stéphane Bernadis. Si elle vit désormais aux Etats-Unis, elle revient régulièrement en France et notamment à Nice. Elle était là la semaine dernière pour parler de l’exposition “Cri d’alerte”, présentée jusqu’au 25 février 2025 à l’Espace Jean-Bouin, à quelques mètres seulement du Palais des Expositions où se sont déroulés les Championnats du Monde il y a plus de vingt ans.

Initiée par Sarah Abitbol et l’association La Voix de Sarah, l’exposition “Cri d’alerte” avait été installée sur la Promenade des Anglais en novembre dernier afin de sensibiliser le public sur les violences sexuelles dans le milieu du sport mais aussi à encourager les victimes à briser le silence.  Les passants avaient été touchés par les photos de l’artiste Tom Bartowicz mais aussi par les textes qui les accompagnaient. Cette exposition est désormais de retour à Nice pendant près d’un an.

Depuis la parution en 2020 de son livre “Un si long silence” dans lequel elle révélait les violences sexuelles qu’elle avait subies dès l’âge de 15 ans de la part de son entraîneur, Sarah Abitbol n’a eu de cesse de livrer un combat contre les violences sexuelles dans le sport. Il y a quelques jours, une victoire très importante a été remportée puisque l’Assemblée Nationale a adopté à l’unanimité la loi Abitbol, présentée par le Sénateur Sébastien Pla, “visant à renforcer la protection des mineurs et l’honorabilité dans le sport”. A l’occasion de son passage à Nice, Sarah Abitbol nous a parlé de cette loi et de l’exposition “Cri d’alerte”.

France Net Infos : L’exposition “Cri d’alerte” est présentée à Nice en ce moment. Vous y avez de très bons souvenirs avec la médaille de bronze aux championnats du monde…

Sarah Abitbol : J’adore Nice. c’est ma ville de coeur ! J’ai remporté la médaille de bronze en 2000. Ca ne nous rajeunit pas ! C’était incroyable : la salle était de bout et nous acclamait. C’est un souvenir extraordinaire !

France Net Infos : Comment est née l’idée de cette exposition ?

Sarah Abitbol : Le metteur en scène Yves Barta avec qui j’ai mis en scène le numéro des élastiques que j’ai présenté à Holiday on ice avait lu mon livre et avait envie de m’aider. C’est avec lui que j’ai monté l’association La Voix de Sarah. En échangeant avec lui, l’idée de faire quelque chose d’artistique a émergé. Après, on a réfléchi à des phrases. “C’est un secret entre nous”, qui est dans mon livre, était évidemment obligatoire. J’ai fait lire “Un si long silence” à Tom Bartowicz et je lui ai dit que je voulais mettre en scène tous les sports de manière artistique pour passer un message important auprès de tous les publics. Je n’avais pas envie que les gens lisent de longs textes : il fallait que les messages soient forts et puissants. On a aussi beaucoup travaillé sur les photos, en faisant passer des castings. Au bout de six mois de travail intensif, est née cette belle exposition.

France Net Infos : Que vous dit le public qui découvre cette exposition ?

Sarah Abitbol : On a toujours de très bons retours. En se mettant devant les photos, on peut commencer à parler, que ce soit à ses parents, à une copine, à un copain. Quand on a décidé de créer cette exposition, c’était pour sensibiliser tous les publics. Un jour, lorsqu’elle était présentée sur la Promenade des Anglais, à une petite fille qui m’interrogeait sur mon “combat”, j’avais répondu qu’un adulte ne devait pas toucher à ses petits trésors. Les photos sont très artistiques et parlent vraiment d’elles-mêmes. Les enfants ne comprennent pas forcément la double signification des photos mais savent poser les bonnes questions.

France Net Infos : Cette exposition peut contribuer à libérer la parole…

Sarah Abitbol : Bien sûr ! Ce n’est jamais évident de parler. En ce qui me concerne, j’ai mis trente ans à poser le mot viol sur ce qui m’est arrivé. Je sais à quel point c’est difficile de parler. J’avais d’abord parlé aux présidents de clubs puis j’ai renoncé et je me suis de nouveau renfermée dans le silence. Je suis partie aux Etats-Unis, me disant que j’allais oublier sauf qu’on n’oublie pas…Je pense que la parole libère la parole, quel que soit le milieu. Il y a eu Flavie Flament, Andréa Bescond, Vanessa Springora, Camille Kouchner, maintenant Judith Godrèche…Les langues se délient. Parler peut faire avancer les choses, même si c’est trente ans après et même s’il y a prescription. C’est d’ailleurs pour ça que je continue à me battre.

France Net Infos : La loi Abitbol visant à renforcer la protection des mineurs dans le sport a été adoptée à l’unanimité. Une première étape dans ce long combat ?

Sarah Abitbol : C’est un vrai soulagement ! On s’est aperçu que la moitié des entraîneurs n’était pas contrôlé. Maintenant, avec cette loi, les présidents de clubs vont être obligés de vérifier les casiers judiciaires des entraîneurs annuellement et de faire remonter les informations. Avec le Sénateur Sébastien Pla, on a beaucoup travaillé sur les textes pour voir comment on pouvait améliorer ce code d’honorabilité de façon intelligente afin de protéger les enfants et travailler en toute sérénité. Il faut que les parents aient moins peur de mettre leurs enfants dans le sport ! Il doit rester un vecteur d’émancipation et de citoyenneté.

France Net Infos : Quels conseils donneriez-vous aux parents justement ?

Sarah Abitbol : Dès le plus jeune âge, il faut parler aux enfants et leur dire qu’un adulte n’a pas le droit de toucher à leurs corps. Je pense que l’éducation parentale est très importante. Il ne faut pas avoir peur d’expliquer les choses aux enfants. Moi, on ne me les avait pas expliqués. On considérait que c’était tabou à l’époque. Maintenant, on est en 2024, on en parle parce qu’on fait de la prévention.

France Net Infos : Votre livre “Un si long silence” est sorti en 2020. Qu’est-ce qui a changé depuis selon vous ?

Sarah Abitbol : Avant on libérait la parole et maintenant on est dans l’écoute ! Quand la championne de tennis Isabelle Demongeot a parlé, personne ne l’a soutenue et elle a eu du mal à trouver sa place au sein de la fédération. Après, on s’est rendu compte que son entraîneur avait abusé de plusieurs autres femmes et il a été emprisonné. Aujourd’hui, elle me remercie pour ce discours parce qu’elle travaille pour sa fédération. On s’est vues et on s’est rapproché. L’union fait la force ! Il ne faut pas oublier celles qui ont parlé il y a quelques années et qui n’ont pas été entendues.

France Net Infos : Vous faites régulièrement des allers-retours entre les Etats-Unis où vous résidez et la France. C’est important pour vous d’être sur le terrain ?

Sarah Abitbol : On a fait récemment des interventions dans des collèges et des lycées. C’est impressionnant comme les jeunes ont du respect pour les personnes qui ont vécu des choses difficiles. Mon combat est davantage en France mais je vise l’international. Je ne m’arrêterai pas là ! On a envoyé des messages à des pays proches de la France. Aux Etats-Unis, un article dans le New York Times avait été publié au moment où j’avais parlé. Je vais joindre la fédération américaine. C’est évidemment un sujet délicat mais on ne va pas renoncer.

L’exposition “Cri d’alerte” est à découvrir jusqu’au 25 février à l’Espace Jean-Bouin de Nice.

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