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Manhunt Unabomber : itinéraire d’un serial génie

Entre l’apéro et la séance de farniente sur la plage, lâchez vos mots croisés et pratiquez le binge watching avec Sam Worthington et Paul Bettany.

Diffusée l’été dernier sur Discovery Channel et arrivée en toute discrétion sur Netflix en décembre dernier, Manhunt Unabomber est une mini-série qui va vous maintenir éveiller pendant vos longues nuits caniculaires. Entre 1978 et 1996, 16 colis piégés font 3 morts et 23 blessés. Les victimes travaillant en majorité dans le secteur de l’aviation et de l’université, le terroriste est surnommé Unabomber : diminutif de UN[iversity] A[irlines] BOMB[er].  

Un terroriste, des morts atroces, une histoire vraie bien glauque… A ce stade, vous ne comprenez toujours pas en quoi Manhunt Unabomber est plus sympathique que le dernier Marc Levy qui vous fait office de somnifère lors de la traditionnelle digestion de 15h.  Voici les 3 raisons qui vous rendra addict à la théorie Kaczynskienne : « La révolution industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine.« 

Sam et Paul : c’est de la bombe

Sam qui ? Ah oui le mec qui joue dans Avatar et qui se prend pour un demi-dieu dans Le Choc des Titans ? Résumer la carrière de Sam Worthington ainsi est réducteur. Mais avouez, depuis 9 ans et son voyage à Pandora, il incarne plus l’acteur dont le visage vous dit quelque chose, qui joue bien sans pour autant transcender l’écran, que la star mondiale qui cartonne au box-office. Je me trompe ? On pourrait en dire autant de Paul Bettany dont l’interprétation clinique de Unabomber fait écho à son rôle de Vision, la  super Intelligence Artificielle des Avengers.

Un duo improbable qui fait la force de cette série. Worthington incarne à la perfection Jim Fitzgerald, un jeune agent  qui tente d’imposer les techniques de profilage au FBI pour démasquer cet insaisissable terroriste par sa linguistique. Jim cherche une reconnaissance professionnelle. Unabomber une reconnaissance philosophique. Une relation ambigüe à la Clarice Starling – Hannibal Lecteur s’installe entre eux à distance, au point que le spectateur ne discerne plus qui est le gentil et le méchant. En un simple regard, Worthington et Bettany parviennent à traduire un large panel d’émotions : de la colère à la tristesse, de la frustration à la folie. C’est sobre, ça prend aux tripes, Sam et Paul c’est de la bombe. 

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier qui rira, explosera.

360 minutes et pas une cavale de plus 

On critique souvent le rythme des séries dites « exigeantes » : narration lente, action étirée au profit du développement psychologique, format contraignant de 1h par épisode qui alourdit la richesse scénaristique et visuelle de l’oeuvre. En résumé : c’est beau, c’est bien écrit mais on se fait chier par moment car trop de sous intrigues nuit à l’immersion totale. Manhunt fait table rase de ces gimmicks pour livrer une série percutante sans fausses notes.

8 épisodes de 45 minutes avec des ellipses publicitaires assumées qui composent le rythme soutenu de l’intrigue, et aucune digression malvenue au tableau. La reconstitution visuelle des années 90 est renforcée par une construction narrative à l’ancienne. Ca va vite et c’est précis. Il y a du contre rythme psychologique, tous les personnages secondaires sont bien exploités, et un parti pris jusqu’en boutiste qui offre un climax émotionnel magnifié par un épisode 6 en brouillant avec malice les enjeux et la frontière ténue entre le bien et le mal. 360 minutes et pas une cavale de plus.

Dit moi qui écrit, et je te dirai qui tu es.

Terroriste ou Lanceur d’alerte

Qui est Unabomber ? Il suffit d’un clic pour tomber sur la fiche wikipedia de Theodore Kaczynski. Un fils d’ouvrier, un enfant surdoué, un ex-professeur de mathématiques. Un génie qui s’est transformé en terroriste, en lanceur d’alerte extrémiste, en un philosophe anarcho-primitif. A l’instar de Jim Fitzgerald qui cherche le bon mot pour identifier Unabomber, Theodore Kaczynski s’ingénie à peaufiner la forme que doit prendre son message. Des bombes, il passera au manifeste « La société industrielle et son avenir« . 

Voici un résumé de son introduction : « La Révolution Industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Ils ont énormément augmenté l’espérance de vie de ceux d’entre nous qui vivons dans des pays « avancés », mais ils ont déstabilisé la société, ont rendu la vie peu satisfaisante, ont soumis les êtres humains à des indignités, ont conduit à des souffrances psychologiques généralisées et ont infligé des dégâts sévères au monde naturel. (…) Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence : elle peut être soudaine ou peut être un processus relativement graduel s’étendant sur quelques décennies. (…) Ce ne doit pas être une révolution politique. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle. » 

Troublant n’est-ce pas ? Theodore Kaczynski définit notre quotidien bien avant que les technologies conditionnent nos vies à l’aube du 21ème siècle. Difficile de condamner ses actes en le traitant de simple schizophrène paranoïde anarchiste. Tout l’intérêt de Manhunt Unabomber tient dans ce jugement moral. Faut-il le condamner ou l’écouter ? A 54 ans, Theodore Kaczynski continue de purger sa peine de perpétuité incompressible dans l’attende que son message soit entendu. Le pire est qu’il incarne à merveille ce paradigme : « Toute société à les crimes qu’elle mérite ». Bonne réflexion, bon apéro. 

Manhunt va se transformer en anthologie basée sur des faits réels sur la traque de terroristes. La saison 2 devrait s’intéresser à Eric Rudolph, connu sous le surnom d’Olympic Park Bomber et responsable notamment de l’attentat perpétré à Atlanta pendant les Jeux olympiques d’été de 1996.

Manhunt : Unabomber
Avec:  Sam Worthington, Paul Bettany, Jeremy Bobb, Chris Noth, Lynn Collins …
Disponible sur Netflix France

A propos Yohann.Marchand

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