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THE CAPE de Zach Howard et Jason Ciaramella d’après Joe Hill

Quelques années après nous avoir fait découvrir LOCKE & KEY, sa série multi-primée (EISNER AWARD de la meilleure série), Milady reste fidèle au travail de Joe Hill, touche-à-tout de talent (romancier, scénariste de BD…) qui est en train de se faire un nom loin de l’ombre de son célébrissime paternel (Stephen King pour ne pas le citer) en nous livrant cette adaptation en comic-book de la nouvelle LA CAPE traduite en français dans le recueil 20TH CENTURY GHOSTS (en français chez J.C. LATTES). Il s’agit donc bien d’une œuvre scénarisée par Jason Ciaramella et dessinée par Zach Howard et pour laquelle Joe Hill (dont seul le nom apparait pourtant en première de couverture) est en fait crédité en tant que superviseur artistique. Une histoire qui semblait presque destinée à connaitre une adaptation graphique puisque c’est à un des thèmes classiques des comics américains que s’attaque Joe Hill : les superpouvoirs.

the cape joe hill

Ici, c’est l’histoire d’un petit garçon qui adore jouer aux super-héros avec son frère. Un jour, alors qu’il grimpe sur un arbre, vêtu de sa cape fétiche qui compose l’essentiel de son déguisement, il tombe brusquement mais quelques instants avant la chute fatale, il se rend compte que sa cape semble dotée du pouvoir de voler. Sérieusement blessé, il ne pourra remettre la main sur la cape magique et devra garder alors son secret. Ce n’est que de nombreuses années plus tard qu’il retrouvera par hasard la cape de son enfance. Mais désormais adulte, est-il prêt à assumer ses fabuleux pouvoirs ? On le sait, la question morale liée au thème des superpouvoirs n’est pas nouvelle et il est loin le temps où les FANTASTIC FOUR décidaient presque par principe de défendre la veuve et l’orphelin après avoir muté en créatures extraordinaires. Le manichéisme d’antan s’est mué en une vision plus floue des limites entre le bien et le mal, sans doute parce qu’il est plus plausible qu’un quidam normal déraille en se découvrant des pouvoirs plutôt qu’il décide spontanément de se consacrer au bien de l’humanité. De fait, les super-héros qui pêtent les plombs sont aujourd’hui légions et THE CAPE, de ce point de vue là, n’invente rien.

Sur la longueur, le sentiment de déjà-vu est pourtant balayé par une narration efficace et un dessin dynamique qui nous immerge assez vite dans une intrigue prenante, au rythme souvent haletant qui ne laisse guère de répit au lecteur. La belle idée du récit, c’est d’utiliser le motif de la cape comme un symbole du rapport à l’enfance. De fait, c’est bien de la perte de l’innocence qu’il est question et à travers son personnage principal, cet enfant blessé qui se transforme en une série d’ellipse brutale en loser pathétique, de la désillusion du monde réel et d’un profond sentiment de déception face au monde des adultes. C’est un beau sujet, dont l’intention est surlignée par la citation en exergue d’Hemingway « C’est toujours dans l’innocence que le mal véritable prend sa source ». Pourtant, une fois passé le dénouement choc du premier chapitre, le récit s’engage sur une escalade de violence, par moment vraiment terrifiante, qui visera à recréer l’affrontement enfantin entre les deux frères sur le mode tragique. Submergé par cette surenchère de brutalité au présent, le récit confie à quelques flashbacks peu convaincants la fonction de mettre en lumière les origines de ce mal: au fond, a-t-on à faire à la vengeance d’un frustré qui prend sa revanche ou à la naissance d’un authentique psychopathe ? L’innocence existe-t-elle vraiment si un gamin attardé trouve l’aboutissement de ses rêves d’enfant dans le meurtre et dans le sadisme ? Car le basculement du héros du loser apathique au criminel pervers a de quoi laisser perplexe et semble malgré tout manquer de subtilité. De fait, une fois la lecture finie, on reste quand même un peu sur sa faim.

Un mot enfin sur Milady Graphics, label BD des éditions Bragelonne, qui après un gros coup de mou revient dans nos libraires avec la suite de LOCKE & KEY (le tome 4 est sorti dernièrement). Souhaitons longue vie à cet éditeur qui ces dernières années en publiant des œuvres variées (la trilogie super-héroïque de Warren Ellis, SCOTT PILGRIM de Brian Lee O’Malley, GRANDVILLE de Brian Talbot…) souvent saluées par la critique et parfois par des prix mérités, ont ravi les amateurs de BD de qualité.

THE CAPE – Un tome chez Milady Graphics – Sortie le 17 Juin 2013

 

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