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Décolletage : après l’incertitude, l’activité connaît une embellie en Haute-Savoie (74)

La Haute-Savoie (74), département expert des usines de décolletage

Avec près des 2/3 des entreprises (69,8 % du marché, pour être précis) et des effectifs nationaux, la Haute-Savoie (74) est l’un des fleurons de l’industrie du décolletage. Pourtant, cet univers industriel a failli perdre une partie de ses entreprises, achetées dans le début des années 2000 par des fonds de pension mus par la seule logique financière. Grâce à la crise de 2008, certains industriels français ont repris la main sur ce secteur exigeant investissements et savoir-faire. Découvrez une filière qui a permis à la vallée de l’Arve, « La Technic-Vallée », située entre Mont-Blanc et Genève, de devenir l’une des références incontestées de cette filière.

decolletage

La Vallée de l’Arve, point d’ancrage historique du décolletage français

Mais qu’entend-on par décolletage ? C’est un procédé d’usinage par enlèvement de matière. L’usinage de base s’obtient au moyen de machines automatiques ou semi-automatiques dans lesquelles est introduit le matériau brut. Il est ensuite façonné par une série d’outils coupants au nombre, à la forme et à la disposition voulus et différant selon le type de pièces que l’on souhaite obtenir : de la plus simple à la plus complexe. Les entreprises de décolletage en Haute-Savoie(74) ont acquis ce savoir-faire grâce à la présence ancienne d’un artisanat horloger (lié à Genève) qui nécessite de grandes compétences dans le travail des métaux.

Une micro-industrie née de la vulgarisation d’un savoir

En 1720, un certain Claude Ballaloud, venu de Nuremberg, s’installe à Saint-Sigismond. Expert dans l’art de l’horlogerie, il initie de nombreux artisans à son métier, mais aussi des agriculteurs de montagne soucieux de compléter leurs revenus hivernaux par la création de petites pièces d’horlogerie cédées aux fabriques horlogères de Genève. L’activité horlogère s’intensifie donc et se répand dans tout le Faucigny, ce qui a pour effet de freiner l’émigration, la population ayant un moyen de subsistance décent.

À mesure de son développement, la profession s’organise et se structure peu à peu pour s’officialiser définitivement. Ainsi, on compte pas moins de 115 horlogers sur 16 communes lors de la Révolution.

De l’horlogerie artisanale à une forme industrielle

Cependant, cette micro-industrie présente quelques carences au XIXe. En effet, outre le manque d’infrastructures et de qualité des pièces artisanales, l’incendie de Cluses détruit tous les ateliers d’horloger. Soucieux d’assurer l’indépendance économique de la vallée, le docteur Firmin Guy décide, en 1848, de la création de l’École Royale d’Horlogerie, qui deviendra l’École Nationale d’Horlogerie.
L’école forme à la fois des horlogers et des décolleteurs qui concurrencent rapidement les horlogers suisses. En effet, elle capitalise sur les avancées technologiques pour faire monter en compétences l’industrie horlogère. Ainsi, grâce au remplacement de la pédale à pied qui actionne le tour par le tour automatique utilisant la force hydraulique, l’horlogerie de la vallée passe de l’artisanat à une forme industrielle.

Un décolletage diversifié dès la Révolution industrielle

Plus tard, ce sont les moteurs électriques et une demande exponentielle des nouveaux secteurs d’activité nés de la révolution industrielle — électricité, automobile, cycle, téléphonie, etc. — qui propulsent cette micro-industrie sur le devant de la scène économique dans la vallée et en France. Grâce à ces nouvelles perspectives, le secteur connaît, en effet, un boom sans précédent que prolongent les deux grandes guerres mondiales et leur besoin de pièces d’armement en nombre toujours plus grand.
La paix revenue viennent les Trente Glorieuses qui voient l’apparition de l’électronique et de l’électroménager dans les années 1970 : autant de formidables possibilités de diversification pour les décolleteurs de la vallée qui ont permis à la Haute-Savoie (74) d’acquérir une renommée internationale en matière de décolletage et de sous-traitance industrielle. Les années sont fastes : leur chiffre d’affaires n’a de cesse d’augmenter pour être doublé entre 1970 et 1974.

Une industrie indissociable de la technologie de pointe

Avec la mondialisation débutée dès les années 1980-1990, le décolletage made in France s’ouvre à de nouveaux marchés en Europe (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Italie, Espagne). L’export devient l’un des mots-clés de la profession et constitue un levier de développement indéniable pour les entreprises de Haute-Savoie. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui que cette industrie s’est fortement repensée dans les années 2000 en adoptant des technologies de pointe pour produire des pièces toujours plus sophistiquées et ainsi servir une très grande variété de marchés mondiaux en forte croissance :

-Automobile,
-Aéronautique,
-Médical,
-Energies,
-Luxe (horlogerie),
-Robotique,
-NTIC.

Le décolletage haut savoyard, la résilience pour signature

En mars 2010, le journal Le Dauphiné relatait une triste réalité : « dans la vallée de l’Arve, les établissements spécialisés ne forment pratiquement plus de jeunes décolleteurs. Faute… de candidats ». Impensable 15 ans plus tôt !

Et pourtant, cette année-là, le lycée professionnel de la vallée de l’Arve (LPVA) Paul-Béchet de Cluses ne présentait que deux candidats dans la série bac professionnel « décolletage », huit en usinage et huit autres en microtechnique : 18 bacs pros pour une capacité de formation de plus de 70, selon le directeur d’alors !

Dans le même temps, le lycée général et technologique Charles-Poncet, ancienne école d’horlogerie à l’aura incontestée dans la vallée, mettait en sommeil la licence professionnelle « production industrielle », option décolletage. Là encore, un manque d’étudiants et/ou d’entreprises pour les accueillir en alternance. Même son de cloche au Centre de formation des apprentis de l’industrie (CFAI) de Cluses-Thyez qui avait décidé d’arrêter son bac professionnalisant.Que s’était-il donc passé ?

Une image déformée de l’industrie

En découvrant le SNDEC (Syndicat national des décolleteurs), on constate que si les entreprises de la vallée se sont européanisées, elles ont également dû faire, dans les années 80-90, à l’arrivée des États-Unis sur le marché français. Qu’il s’agisse de concurrents ou de fonds d’investissement ayant appauvri le capital industriel dans une logique purement financière contraire au développement initialement à l’œuvre, chacun a contribué à ternir l’image de cette industrie. En effet, bien qu’il reste aujourd’hui encore un vivier de très petites entreprises dans ce secteur, beaucoup ont disparu à la suite d’une succession de fusion-acquisitions et de regroupements qui ont profondément et durablement modifié le secteur. Ainsi, comme tant d’autres industries en France, celle du décolletage s’est donc fortement dégradée auprès de la jeunesse qui l’associe encore au chômage et n’y voit que bruit, saleté et stress.

Une nouvelle ère pour les décolleteurs savoyards

Après la crise de 2008 et le repli des fonds sur ce secteur du décolletage, des chefs d’entreprises français ont eu le souci d’instaurer une véritable stratégie industrielle. Ils ont favorisé l’investissement afin de redonner aux fleurons de cette industrie les avantages concurrentiels qu’ils possédaient avant les années 2000 grâce à la compétitivité de leurs outils industriels. Cependant, il ne s’agissait pas uniquement de compenser la perte de moyens de productivité. Ils ont également dû restaurer une image ternie de la profession par l’impact négatif des décisions antérieures, notamment auprès des clients et de l’environnement économique.

Mission réussie : « les entreprises de décolletage de la Haute-Savoie (de 20 salariés et plus) ont vu leur chiffre d’affaires bondir de 35 %sur le troisième trimestre par rapport à la même période de 2009, selon les données du Medef », rapporte le SNDEC.

Un technocentre à Cluses pour 2020

Grâce à l’investissement dans le développement de nouvelles machines offrant toujours plus de précision et de performance, les industriels de la vallée sont donc parvenus à préserver leur expertise historique. La résilience du secteur du décolletage en Haute-Savoie (74) tient donc à sa capacité à toujours repenser son modèle pour développer son attractivité. Elle a trouvé son point d’orgue en décembre 2017 avec le lancement de la construction du technocentre « ID Center » à Cluses. Avec pour objectif de devenir la référence mondiale en décolletage, usinage et mécanique, le technocentre ouvrira ses portes au premier trimestre 2020. Il se composera principalement d’un bâtiment de 7 000 m² comprenant des ateliers, des laboratoires, des bureaux, des espaces d’exposition pour les entreprises et un auditorium.
Pour cette ouverture, les professionnels du secteur ambitionnent d’atteindre un CA de 3 Mds intégrant 50 % de ventes réalisées à l’export, mais également d’employer 17 000 personnes tout en investissant 2 % de la VA en R&D.

Pour conclure, le décolletage en Haute-Savoie (74) est une industrie qui a montré en diverses occasions sa résilience dans des situations tendues. C’est également un secteur d’avenir, notamment du fait de la complexité prégnante qui marque la fabrication de pièces dédiées à des métiers de pointe œuvrant dans l’infini petit et l’infiniment grand. Avec la création du technocentre de Cluses qui complètera le pôle de compétitivité Arve Industries Haute-Savoie Mont-Blanc, il ne fait nul doute que les 800 PME-PMI de sous-traitance mécanique et les 400 PME spécialisées dans le décolletage poursuivront leur développement pérenne en France comme à l’international, notamment grâce à la mutualisation des compétences : des perspectives qui inciteront certainement la jeunesse à s’y intéresser davantage, comme l’ont compris les organismes de formation à l’instar du CFAI de Haute-Savoie (74) qui a relooké son ancien en bac pro en lui adossant la mention technicien d’usinage… Peu importe le nom, il est clairement admis que ces nouveaux professionnels s’arracheront à prix d’or, notamment chez nos voisins suisses qui, eux aussi, ont besoin de décolleteurs.

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