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Critique Ça : joue-la comme Freddy Krueger

« Viens, on flotte tous en bas« , cette invitation a traumatisé toute une génération. Depuis 1986, Grippe-Sou hante vos nuits. Les moins de 20 ans se sont toujours moqués de votre coulrophobie. Vous tenez enfin votre revanche, Ça est de retour. Sous les traits de Tim Curry, c’était un monstre grandiloquent. Le téléfilm en 2 parties de Tommy Lee Wallace était une adaptation édulcorée du roman de Stephen King. Cette nouvelle version est plus fidèle, plus sombre, plus dramatique. Derrière l’horreur, c’est avant tout l’histoire d’un deuil impossible.

La mort du petit Georgie est brutale. Cette fois-ci il n’y aura pas de fondu au noir pour dissimuler un bras arraché. Cette 1ère apparition de Bill Skarsgård dans la peau de Ça est glaçante. Il se dégage de cette longue scène d’introduction un profond malaise. On retrouve ce sentiment d’innocence à jamais perdue qui nous prenait aux tripes dès les premières pages du roman. Grandir ou mourir, il vous faudra à nouveau combattre vos peurs enfantines. 

Ça (Bill Skarsgård) : dis moi tes peurs, je te dirais quel clown tu es.

The Dark Clown

Ne vous attendez pas à voir Ça dans tous ses états. Ses apparitions seront brèves mais intenses. C’est une peur indicible qui s’empare de la ville de Derry. Comme tout bon croque-mitaine, il se terre dans l’obscurité. Cette tension psychologique est fidèle au livre. Tout le paradoxe de cette nouvelle adaptation tient dans son approche viscérale qui n’ose jamais se libérer de ses débordements sanglants, par peur d’accoucher d’un film trop violent. C’est à la fois effrayant et frustrant. On comprend mieux pourquoi le réalisateur Cary Fukunaga (True Detective) a été écarté au profit de Andrés Muschietti, dont le surestimé Mama se distinguait déjà par une jolie mise en scène des plus horribles.

– Ça alors, ton père c’est Freddy Krueger ?

Grippe-Sou le croque-mitaine

Ça souffre aussi d’un problème de rythme qui augure d’un diptyque trop fourni, alors qu’une trilogie aurait facilité l’équilibre entre drame psychologique et film d’horreur. On parvient certes à s’attacher à ce « Club des Ratés », mais le traitement de leurs peurs est trop superficielle. Ça est réduit à sa simple condition de croque-mitaine. Il y a de quoi craindre le traitement de la seconde partie du roman qui s’attarde sur les origines du Clown, au risque de réduire Grippe-Sou à une vulgaire entité extraterrestre qui s’est crashée sur Terre.

– Coucou, tu veux voir mon chapiteau ?

L’enfer c’est les adultes

Cette nouvelle adaptation de Ça est agréable à regarder. Elle surprend même par sa noirceur, mais en oublie l’essence même d’un bon film d’horreur : il faut que le spectateur en vienne à aimer détester le méchant. Ici Grippe-sou est le mal incarné et puis c’est tout. Contrairement au roman, aucune humanité ne se dégage de sa monstruosité. On flotte tous en bas, car nous restons tous de grands enfants.

Le Club des Ratés : Mike (Chosen Jacobs), Richie (Finn Wolfhard), Beverly (Sophia Lillis), Bill (Jaeden Lieberher), Eddie (Jack Dylan Grazer), Stanley (Wyatt Oleff) et Ben (Jeremy Ray Taylor)

Adolescent, nous avons tous eu le sentiment d’être un « raté ». Ce mal être existentiel est transposé comme une évidence au point d’être caricatural. Les parents sont tous dépeints comme des adultes monstrueux. Le quotidien des enfants est à peine développé. Grippe-sou est la synthèse de sous-entendus jamais exploités. 

Ça fait le clown

Ça version 2017 se limite au final à respecter les codes du film d’horreur contemporain défini par le succès de The Conjuring  : une approche réaliste, une bonne dose de psychologie, une mise en scène graphique et des jump scares à tout va qui privilégient l’épouvante à la violence. Ça fait peur et on en redemande, mais Grippe-sou manque cruellement d’originalité et de personnalité. Ça fait juste le clown, comme Freddy Krueger dans les années 80. 

Note : 5/10

Ça, de Andrés Muschietti, sortie le 20 octobre 2017.
Avec : Sophia Lillis, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Finn WolfhardChosen Jacobs, Jack Dylan Grazer et Bill Skarsgård
Durée : 2h15

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