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Les résistants oubliés : rencontre avec Kamel Mouellef

À l’occasion de la sortie de sa nouvelle bande dessinée  »Résistants oubliés », Francenet infos a rencontré Kamel Mouellef pour nous parler de son travail et plus largement de son combat. Rencontre avec ce lyonnais, commercial de formation et bédéiste à ses heures perdues pour évoquer l’importance de l’histoire et de la mémoire dans la construction nationale.

Résistants oubliés est une Bd que nous avions Résistants oubliés et qui évoque le rôle de combattants étrangers dans la résistance française pendant la seconde guerre mondiale. Comment est né ce projet?

Kamel Mouellef resistant oubliéCette BD s’inscrit dans la lignée de la précédente qui s’intitule Turcos : le jasmin et la boue où je rendais hommage aux troupes coloniales qui ont combattu au sein de l’armée française lors de la guerre de Crimée. J’avais cette fois-ci envie de montrer que l’histoire de la résistance, à la fois tragique et glorieuse, est aussi une histoire partagée. Il faut en finir avec la version mythifiée de  »l’homme blanc » courageux qui a lui seul sauva toute l’Europe de la barbarie nazi. Il y avait des européens bien sûr, mais aussi des africains et des asiatiques. Mon but est simplement de le rappeler à un moment où on se pose des questions sur l’identité française.

Justement, pourquoi est-il selon vous si difficile d’évoquer cette réalité historique, ou simplement d’évoquer l’histoire de cette manière?

Cette difficulté existe bel et bien, et je tiens notamment à remercier les Editions Glénat pour m’avoir donné la chance de mener à bien ce projet, qui s’est trop souvent heurté aux réticences de certaines maisons d’édition. Pour revenir à votre question, il y a selon moi une volonté d’étouffement, une réécriture de l’histoire. Cette version  »édulcorée » permet de masquer les fautes commises par l’armée française qui n’a pas souhaité reconnaître le rôle crucial joué par des guinéens, des maliens, des algériens, des juifs et d’autres qui eux aussi faisaient partie de ses rangs. Je n’ai cependant pas de cible particulière: l’occultation d’une partie de l’histoire a été communément partagée par plusieurs partis politiques et personnalités de tous bords. De même que mon combat a été soutenu par des hommes et des femmes provenant d’horizons très différents. Mon but est de rassembler autour de cette question et non de provoquer la division.

Votre projet de bédéiste est très clairement politique…

Oui, indéniablement. Sans vouloir modifier les programmes scolaires de chaque école, j’aimerais que quelques chapitres évoquent au moins une fois dans la scolarité d’un enfant ce rôle joué par ces combattants courageux qui eux aussi ont contribué à faire la France, et que la France n’a pas le droit d’oublier.

Mais le problème selon vous ne vient-il pas de l’existence d’un lien trop étroit entre politique et histoire ? On sait que l’histoire peut très vite devenir un argument électoral …

Oui et c’est aussi mon combat. Des chapitres de l’histoire de France ne plaisent pas à un certain électorat. Des hommes et femmes politiques sont ainsi tentés de se taire afin de profiter du vote de ceux qu’ils gagnent par le silence. Certains – notamment une partie de la droite, mais je dis bien une partie seulement – me rétorquent en effet qu’ils ne souhaitent pas être  »dans la repentance » et assimilent mon projet à une volonté de  »culpabiliser la France ». Je pense à Laurent Wauquiez. Il ne peut s’agir là que d’une manœuvre politicienne. Comment un projet aussi rassembleur que le mien, qui loue une France plurielle, dans sa capacité à mobiliser des forces multiples et diverses au moment où l’ennemi frappe à sa porte peut-il être qualifié en ces termes? Je le répète: je ne demande pas de la repentance, je demande de l’histoire. Mon projet vise l’intégration de ceux qui, historiquement, n’ont aucune raison de se sentir exclus : je dis aux jeunes que le drapeau tricolore est le leur, que la marseillaise est leur chant, que leurs ancêtres, quelle que soit leur couleur de peau, ont contribué à leur manière à écrire l’histoire de France. Par conséquent, ils ne peuvent pas ne pas se sentir français.

Vous allez dans les écoles pour échanger avec les professeurs et leurs élèves. Comment ces derniers réagissent-ils à vos propos ?

Le choix du format BD va aussi dans le sens d’un dialogue avec la jeunesse. Je dirais qu’à 90 pour cent, les jeunes sont intéressés et comprennent mon discours et le bien fondé de ma démarche. C’est l’occasion de discuter et de débattre intelligemment avec notre jeune génération qui est pleine de ressources et qu’il ne faut pas mépriser. Pour les 10 pour cent restant, il faut reconnaître qu’il existe encore un environnement familial hostile à la France et qui rejette son histoire, car celle-ci fut par moments hostile au pays d’origine. Ce constat ne fait que renforcer la nécessité d’une histoire commune.

Dans la préface de Turcos, l’écrivain Yasmina Khadra se demandait si la mémoire était une  »fracture ouverte ou une cicatrice, un rappel à l’ordre ou une bombe à retardement ?  » Vous êtes-vous posé la même question ?

Ouvrir des plaies peut effectivement créer du ressentiment. Cependant les plaies sont déjà ouvertes. Ce qu’il faut faire maintenant c’est bannir le silence et écouter les souffrances car seule cette écoute permettrait de les calmer. Dans un contexte aussi délicat que celui d’aujourd’hui, nous avons grand besoin de messages positifs qui rassemblent.

Pour terminer, cette évocation d’une histoire commune a aussi pour point de départ une histoire personnelle : pouvez-vous nous en dire plus ?

Si c’est avant tout en tant que citoyen que je m’exprime, c’est aussi peut-être en tant que petit-fils d’ancien combattant. Mon arrière grand-père a porté l’uniforme militaire français. Cela a indéniablement marqué mon parcours.

Avez-vous d’autres projets pour la suite ?

Je réfléchis à une autre BD, qui serait la suite chronologique des  »Résistants oubliés ». Après la résistance, parlons de la libération et du 8 mai 1945! J’aimerais terminer mon cycle de BD sur la guerre d’Algérie.

Les  »Résistants oubliés » aux Editions Glénat.

Scénario : Kamel Mouellef et d’Olivier Jouvray.

Dessins et couleurs : Baptiste Payen

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