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PETER PANK de Max

Les éditions Rackham font ici œuvre patrimoniale en ressuscitant une des séries emblématiques de la mythique revue underground espagnole EL VIBORA crée par Josep Maria Berenguer en 1979 et qui jusqu’en 1995 incarna la période de la Movida en bande dessinée, important et diffusant l’underground américain (Crumb, Shelton, Woodring, Spiegelman, Burns, les Hernandez Bros) et les auteurs européens les plus novateurs tout en favorisant l’éclosion d’une nouvelle vague de la bande dessinée espagnole (un certain Pedro Almodovar y fit même ses débuts en signant un roman photo qui allait devenir la matrice de son premier film). Dans les années 80, une anthologie EL VIBORA avait été publiée aux éditions ARTEFACT et il y a quelques années les éditions CORNELIUS publiaient une très belle intégrale d’une série phare du magazine, TAXISTA de Marti Riera, qui croisait le DICK TRACY de Chester Gould avec l’esprit du TAXI DRIVER de Martin Scorsese. Rackham s’inscrit dans la même lignée en publiant l’intégrale de PETER PANK qui commence comme un feuilleton foutraque et délirant, sorte de parodie trash et punk du PETER PAN de James Matthew Barrie.

peter pank max rackham el vibora intégraleNé en 1956, Max adopte un style qui peut se voir comme la synthèse de deux influences : d’un côté l’underground américain dont PETER PANK par le registre de la parodie, par son gout pour l’outrance, par la crudité de son propos, son absence de tabous et sa sexualité débridée se fait l’écho. Mais il y a aussi le dessin de Max qui lui se rapproche de la ligne claire franco-belge et font clairement de lui un des représentants de la “néo-ligne claire” dans la lignée d’un Yves Chaland par exemple. Si la parodie semble dans un premier temps le carburant du récit, l’univers de PETER PANK se construit sur le détournement de toute une culture pop contemporaine et sur le croisement incongru de plusieurs esthétiques qui rapproche PETER PANK d’une démarche post-moderne. Il y a quelque chose d’un grand brassage, d’un joyeux bordel qui croise les références littéraires à l’esprit du cinéma bis tout en reconstituant l’évolution de la musique populaire, le rock, le punk et même le hip-hop.

Replonger dans les aventures de PETER PANK, c’est d’abord gouter à cet humour ravageur et ultra-potache qui joue ouvertement la carte de la provocation et du mauvais gout sans limite. Un humour d’une certaine manière désormais très daté mais qui parce qu’il est aussi typique de son époque (et donc sans équivalent aujourd’hui) dégage un charme et une énergie qui réjouit comme on prend aujourd’hui plaisir à revoir les premiers films de John Waters. Mais la publication de ce copieux volume, outre de nous présenter enfin l’intégrale jusque là inédite en français de la série, nous permet aussi d’apprécier son évolution puisque sa publication s’étale entre 1984 et 1990. Si la narration et le trait évolue d’une histoire à l’autre (le livre se compose en gros de trois longues histoires), c’est surtout l’esprit de la série qui de manière souterraine se fait l’écho d’un changement d’humeur qui est peut-être aussi du au fait que PETER PANK commence sa publication en plein explosion de la BD underground espagnole et se termine alors que celle-ci a déjà fortement décliné (la revue EL VIBORA disparaissant quelques années plus tard). De fait, la teneur satirique des histoires (l’esprit punk comme étendard au conformisme ambiant) ne doit pas cacher que la parodie permet aussi la création d’un monde imaginaire qui est devenu le seul espace ou l’utopie, quelle qu’elle soit, mais évidemment celle de l’underground, celle de la contre-culture, peut survivre. Et la fin de PETER PANK signe de fait la fin de cette utopie et force les personnages à l’exil vers un monde réel qui n’a sans doute rien de bien réjouissant. A sa manière, sous ces apparats débraillés, vulgaires et potaches, PETER PANK s’est fait le témoin de la fin de la Movida et Max par la suite, en faisant évoluer son œuvre et en créant lui même une revue dédiée à la bande dessinée d’auteur tentera à sa façon de prolonger cet esprit d’innovation et d’indépendance.

PETER PANK – L’intégrale aux éditions Rackham – Traduction de Alejandra Carrasco Rahal – Paru en février 2014

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