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50 Nuances de Grey fait couler beaucoup d’encre

50 Nuances de Grey est un titre qui n’est plus à présenter, faisant parler de lui sur la toile depuis bien longtemps maintenant.

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Crédit photo Instagram : @victoria.arroyo.books

 Avec ses 365 000 entrées en France dès le premier jour de sa sortie au cinéma, ce film évènement de la Saint Valentin n’a pas fait que des heureux. Depuis quelques mois, la tension était à son comble avec des images promotionnelles suscitant mystère et désir, ainsi que des bandes-annonces sulfureuses et sensuelles, tenant le spectateur en haleine grâce à une rythmique étudiée. Malheureusement, une grande partie des spectateurs s’en est vu déçue en sortant des salles ce mercredi. Certains parlent même de « la plus grande bêtise de l’histoire du cinéma ».

Ayant lu les livres, je décide donc de passer ma soirée au cinéma afin de découvrir comment les écrits d’EL James ont été transposés en image, après avoir épuré le net des avis divergents et contradictoires de tous les internautes. Bien-sûr, pour tous défenseurs de la cause « 50 nuances de Grey est une pourriture », je préviens que mon avis est celui d’une personne ayant plutôt apprécié le livre, autant du point de vue de son histoire que du style d’écriture, ce qui donne forcément un goût au film différent de quelqu’un n’ayant pas lu le livre (plus d’informations, plus de compréhension, etc.).

On ne va pas une fois de plus vous raconter l’histoire, vous la connaissez tous. Le film débute sur un beau ciel grisonnant, tumultueux, à l’image du PDG de Grey Entreprises, sur fond jazzy, histoire de donner le ton. Bien installée dans mon fauteuil, j’essaye de profiter du film en pestant contre mes voisins de derrière, visiblement venus uniquement pour ajouter un bruit de fond à leur conversation. Après 2h05 de film, malgré quelques petites longueurs, j’en sors satisfaite. Non parce que je suis amoureuse de Christian Grey (j’aurai plutôt tendance à reluquer Dakota Johnson…), ni parce que je suis une ménagère en mal d’amour et de sexualité, ni parce que je n’ai aucune culture cinématographique. Arrêtons ici les clichés, il n’y a pas de règle pour apprécier un film.

Pour les fans invétérés, ils seront plutôt satisfaits de constater que le film a suivi la ligne directrice du livre sans vraiment s’en éloigner. Les scènes principales sont présentes, le caractère des deux personnages plutôt fidèles, et l’atmosphère correspond à celle qu’EL James nous a décrit. On regrettera cependant quelques scènes importantes du livre, au loisir de chacun. Revenons donc sur ces avis tranchés afin de nuancer un peu le propos.

« On s’ennuie, c’est trop soft »

Si le livre d’environ 500 pages ne laisse pas trop place à l’ennui, le film se doit de se concentrer sur les moments clés de l’histoire. Il doit également s’adapter au public qui ira le voir au cinéma. Il est donc normal que l’adaptation cinématographique de 50 Nuances de Grey puisse plus facilement s’apparenter à un film romantique qu’à un (soft) porn. Si on est un gars présent parce que notre copine nous a traîné là, alors qu’on n’en avait aucune envie, ou qu’on vient parce qu’on s’attend à se mater un bon petit porno, on est en donc en droit de s’ennuyer.

Le film dure 2h05, plutôt dans la moyenne, avec des découvertes, de l’action (non pas de bombes qui explosent, car c’est bien d’un film d’amour dont il s’agit), des plans-paysages plutôt séduisants (notamment la scène de l’hélicoptère et du planeur qui laissent rêver toute personne étant sensible au mot « adrénaline »), et de la sensualité. Les scènes d’amour ne sont ni trop longues, ni trop courtes. On appréciera le fait qu’elles ne nous mettent pas mal à l’aise (contrairement à des films contenant moins de scènes de sexe mais plus gênantes, comme « La Vie d’Adèle » par exemple). Si la tension sexuelle n’est pas des plus exacerbée, on peut néanmoins facilement se laisser aller à être touché et possiblement émoustillé par les plusieurs scènes d’amour (précisons que non, la scène de la ceinture n’est pas une scène de sexe ni d’amour, et n’est pas vouée à nous faire nous tortiller sur notre fauteuil, c’est donc normal que cela ne vous ai pas excité le moins du monde).

« Aucune alchimie entre les deux personnages »

Si la tension entre Dakota Johnson et Jamie Dornan n’est pas des plus palpable, on notera quand même des moments électriques entre eux, notamment grâce au regard sombre et mystérieux de Jamie Dornan, correspondant parfaitement au personnage de Christian Grey, et aux réactions corporelles de Dakota Johnson (on appréciera le hérissement de ses poils sous la lumière lors de la première scène d’amour).

De nombreux spectateurs reprochent un mauvais choix de casting, mais ils représentent plutôt bien l’idée que l’on pouvait s’en faire. Un homme beau (laissé à l’appréciation personnelle), aux cheveux ébouriffés « d’après sexe », qui ne communique que par le regard ; et une jeune fille à l’apparence fragile et naïve, qui ne se prive pas de dire ce qu’elle pense.

Anastasia est décrite dans le livre comme frêle et timide aux premiers abords, pouvant trahir une tendance à la soumission qui n’existe en réalité que dans l’esprit de Christian, ce qu’il finit par remarquer. Dakota Johnson ne laisse pas transparaître un air cruche à Anastasia et si elle passe son temps à se mordre la lèvre, ce n’est pas parce que c’est une piètre actrice ne sachant faire passer le désir uniquement comme cela, mais bien parce que c’est un tic appartenant à Anastasia. On peut donc apprécier le jeu naturel de cette actrice qui glousse de manière inopinée et possède un rire contagieux, ne semblant pas avoir besoin de difficulté à jouer la comédie.

« Trop commercial »

C’est effectivement là un point sur lequel je suis entièrement d’accord. Ce film aurait peut-être pu être davantage apprécié s’il n’avait pas subi un battage médiatique insupportable, dirigé de manière à attirer le plus de monde possible, au détriment d’une histoire intéressante et d’un film bien rythmé. La bande son, bien qu’agréable à l’oreille et judicieusement choisie, porte les grands noms des tendances commerciales actuelles (Ellie Goulding, Beyoncé, The Weeknd, Skylar Grey…). Un bon point cependant sur leur placement dans le film.

« Il fait l’apologie de la violence domestique »

Depuis la sortie de la trilogie d’EL James, jamais autant de livres ouvertement érotiques n’ont été vus sur les étalages des grandes libraires. L’histoire de Christian et Anastasia, à la base une fan fiction de Bella et Edward dans Twilight, ouvre une fenêtre accessible sur le monde du sadomasochisme. De nombreux auteurs ont alors saisis l’occasion pour prendre la relève sur un sujet encore très tabou à notre ère : le sexe, et plus particulièrement le sexe libéré.

Ces livres ont permis à certains couples de se relancer, à d’autres de mettre des mots sur leurs envies. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et non d’une violence gratuite sur une femme non consentante. La violence domestique est un sujet grave et sérieux qui ne laisse aucune place à l’envie, au consentement et au désir. Et s’il n’y a jamais d’heure pour faire prendre conscience à la population de la violence faite sur les femmes, il est presque déplacé de le faire via ce film qui n’a rien à y voir.

Le contexte de ce film (et des livres) est totalement différent de celui des violences domestiques. Il sous-tend au respect des deux parties (les envies connues de l’un et de l’autre, les limites à ne pas franchir, les mots d’alerte, la négociabilité du contrat…) et à la découverte d’une sexualité ouverte et sans tabous, souvent bien plus prudente qu’une sexualité basée sur les non-dits et la peur de la réaction de l’autre. Enfin, être « soumis » au lit ne signifie aucunement l’être dans la vie de tous les jours, et ce n’est clairement pas en allant voir ce film que l’on va se sentir obligé de se plier aux quatre volontés de la gente masculine.

On regrettera cependant les clichés sexistes provenant d’une histoire d’amour répondant à tous les critères hétéronormés de la société actuelle. Mais si on ne les cautionne pas, on admet que tout cliché est différent selon son contexte, et qu’il est encore grandement difficile de s’en extraire. Malgré donc l’image de l’homme riche et puissant et de la jeune fille frêle et vierge, 50 Nuances de Grey n’est pas que cela.

Alors je n’ai qu’un conseil : on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Faites-vous votre propre avis !

A propos Victoria MARION

Rédactrice littérature, gastronomie, mode, high tech, jeux de société et tourisme/voyage.

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