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Quitte moi si tu peux : avant que le rire nous sépare

En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon. Ce 1er octobre, à Marly-le-Roi (Yvelines), une femme âgée de 38 ans a été retrouvée poignardée au thorax sur la voie publique. Elle a succombé à ses blessures. Son ex-concubin a été interpellé. Selon l’association Féminicides par compagnons ou ex, il s’agirait du 112ème féminicide en 2019. 

Il y a des sujets d’actualité brûlants auxquels il est difficile de rire. Le paradoxe est que le rire est tout autant une arme pour alerter les consciences, qu’un grenelle pour lutter contre les violences conjugales. « Quitte moi si tu peux » est sur un terrain glissant. Le titre de la pièce sonne comme du boulevard, alors que l’affiche joue la carte de la sobriété. Voir de la référence déguisée, à la célèbre et dramatique inscription testamentaire « Omar m’a tuer ». Dit comme ça, l’accroche peut paraître déplacée. Surtout quand il est sujet d’une femme qui rencontre un pervers narcissique. Le terrain glissant devient malaisant. Détrompez-vous, « Quitte moi si tu peux » est bien plus susceptible que son titre un brin provocateur.

Quitte moi si je peux

Karine (Éléonore Bauer) est une trentenaire parisienne des plus classique, c’est à dire en plein doute existentiel, limite névrosée. Sandro (Jérémy Malaveau) est un trentenaire des plus ordinaire, c’est à dire un séducteur intempestif qui refuse de grandir, limite beauf. Tous deux tombent amoureux. Et ils finirent malheureux… Car derrière son sourire charmeur, Sandro est un pervers narcissique.

A aucun moment, cette emprise mentale est traitée frontalement. Éléonore Bauer, aussi auteure de la pièce, préfère disséminer un malaise grandissant entre deux punchlines bien senties. Et ça marche ! On est bien loin du terrain boueux auquel une mauvaise comédie nous aurait empêtré. Le parti pris de séquencer l’évolution du couple fonctionne d’autant plus, car il accentue l’étau narcissique.

Je t’aime, moi non plus

La mise en scène de Romain Thunin se veut divertissante : ça va vite, ça use du comique de répétition, c’est sobre. Le texte est quand à lui percutant. Au point de parvenir à créer un véritable silence pesant, quand le drame semble inévitable. Tout ça en 1h10. C’est court, peut-être un peu trop. Mais en même temps, l’équation « boulevard social » tient au rythme et aux faux semblants caricaturaux. Mission réussie.

Quitte moi si tu peux
Du jeudi au samedi, Le Sentier des Halles, 21h15
Avec : Éléonore Bauer, Jérémy Malaveau et Romain Thunin en alternance
+ d’infos : ici

A propos Yohann.Marchand

Contact pro : yoh.marchand@gmail.com Twitter : @Mister_Yohann

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