Six personnages en quête d’auteur de Pirandello dans une mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

Les spectateurs du théâtre Anthéa d’Antibes ont vécu un grand moment en assistant à la représentation de Six personnages en quête d’auteur, la célèbre pièce du dramaturge Luigi Pirandello, mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota, avec la même distribution qu’il y a vingt ans.

Des personnages sortis de nulle part

Alors que sur la scène d’un théâtre, son directeur et ses comédiens sont en pleine répétition d’une pièce de Pirandello et que s’activent les machinistes, six membres d’une même famille surgissent de nulle part, tous vêtus de noir, et vraisemblablement en deuil. Livrés à eux-mêmes, ils sont sortis de l’imagination d’un auteur qui n’a pas terminé son histoire. Le père, qui prend la parole en premier, explique au directeur de théâtre et aux comédiens qu’ils cherchent un dramaturge qui puisse leur donner une vraie consistance.

Tour à tour, chacun des membres de cette famille, à l’exception de la petite fille, prend la parole et dévoile sa part de vérité. Le public dans la salle ainsi que les comédiens venus répéter deviennent alors des spectateurs. Ils sont égaux et font ensemble la découverte du drame qui a détruit cette famille. Le père, qui a abandonné sa femme et son fils, donne sa version des faits et se justifie, interrompu par celle qu’on devine être sa belle-fille (magistrale Valérie Dashwood), écorchée vive.

Une mise en scène envoûtante

Les personnages demandent à ce que les comédiens jouent leurs rôles mais c’est peine perdue. Ils décident alors d’interpréter le drame qu’ils ont vécu sur scène, devenant par là-même, personnages et comédiens. Les différentes mises en abyme voulues par Pirandello prennent une dimension à la fois émouvante et envoûtante dans la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota. Il célèbre la magie du théâtre et interroge sur les illusions qui constituent son essence même. Les comédiens deviennent spectateurs, incapables d’interpréter des personnages fictifs, qui se confondent avec la réalité. Pirandello sème le doute, embrouille les spectateurs : il les malmène parfois au point qu’ils en viennent à se demander où se situent la fiction, la vérité, le travail du comédien. Le théâtre représente tout cela à la fois. Il faut accepter de se laisser porter par la pièce et qu’importe si parfois on est un peu perdu. Ces personnages en quête d’auteur étaient-ils une illusion ? A la fin, ils ne sont plus là. Ils ont joué sur scène le drame qu’ils ont vécu et ont disparu, comme ils sont arrivés, comme par magie. Reste le directeur du théâtre, qui reprendra avec ses comédiens les répétitions de la pièce de Pirandello le lendemain et les jours qui suivront, peut-être comme si tout cela n’était pas arrivé…

 

A propos laurence ray

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