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Stacey Kent – The exquisite artist

Interview de  STACEY KENT : « Racontez-nous Stacey ! »

Stacey Kent – Photo de Jean-Louis Duralek

De passage dans le département du Var, Stacey Kent  donne un concert à l’espace André Malraux de Six-Fours-Les- Plages. Ce sont près de 600 personnes qui se déplaceront ce soir pour cet événement. Et c’est à seulement quelques heures de cette représentation que Stacey a bien voulu répondre à nos questions.

SK : Salut !

Cl : Bonjour Stacey. Bienvenue à Six Fours les Plages.

SK : Bonjour Clolive. Merci.

Cl : Je vous remercie d’avoir accepté de répondre à nos questions en duplex.

SK : Cela marche très bien pour moi, surtout à quelques heures du concert et cela me fait très plaisir.

Cl : Que présentez-vous au public Six-Fournais ce soir, j’ai cru comprendre que ce serait essentiellement l’album « Raconte-moi » ?

SK : On va jouer quelques chansons de cet album, sûrement, mais aussi des extraits du nouvel album live enregistré à Paris en mai dernier et sorti en octobre[1]. On fera aussi un mélange avec des chansons des anciens albums. « Raconte-moi » je ne l’ai pas encore présenté ici à Six Fours les Plages, alors c’est une opportunité. Je chanterai aussi des chansons qui ne sont pas encore enregistrées, mais que je prépare pour le prochain album  et qui font partie d’un projet qui me tient à cœur, pour une tournée qui se déroulera au Brésil à partir du 8 avril. On peut dire qu’il y aura un mélange.

Cl : Vous parlez le français sans accent, presque. Comment faites-vous ?

SK : C’est gentil.  Merci beaucoup. J’ai un petit accent. Voici l’histoire : quand j’étais jeune, très jeune, à la maison, je parlais le français. Bien sûr, ce n’est pas ma langue maternelle puisque je suis née dans le New Jersey aux Etats-Unis et que mes parents sont américains. Mais le père de mon père, grand-père paternel, était un homme russe qui a vécu longtemps en France pendant sa jeunesse lorsqu’il a quitté la Russie, avant d’émigrer aux Etats-Unis pour des raisons familiales. En revanche, il n’a jamais été heureux là-bas et il s’est toujours senti Français : dans son corps, dans son esprit, dans sa sensibilité. Il s’est toujours senti un homme français. Et pour garder cette passion et cette relation à la culture qui lui ressemblait tant, il a décidé de m’apprendre la langue française, surtout par le biais de la poésie. Et lui et moi, nous n’échangions qu’en français. Aussi, je me suis découverte moi-même cette sensibilité française. C’est pour cette raison que j’ai décidé de faire cet album uniquement en français. Ce n’est pas seulement parce que j’aime la langue (française), ses jolies chansons, pas dutout, même si ça compte. La langue française fait partie de ma vie personnelle et j’ai eu  besoin de traduire cette présence sur le plan musical.

CL : C’est donc avant tout un hommage à votre grand-père…

SK : Oui, tout à fait, parce que j’adorais cet homme. Au début, j’ai commencé à parler cette langue pour lui plaire car encore une fois, j’adorais mon grand-père et je savais qu’il portait une tristesse en lui. Même quand il souriait, je pouvais la voir, la sentir cette nostalgie de la France. Et nous étions si proches que je voulais absolument lui plaire. Et il avait plaisir à partager une langue, un monde, un univers avec moi. Et moi, c’est ce que je continue de faire, même s’il n’est plus là… Je crois que cela se passe toujours comme cela avec les gens que l’on aime et qui disparaissent. On les fait vivre à travers nous. Et c’est vrai, cet album est quelque chose de tout à fait personnel.

Cl : On sent bien ce rapport très intime avec la France, déjà par votre voix, votre français et même par le choix des textes de l’album « Raconte-moi », qui sont de très jolies chansons. Comment vous-êtes décidée sur les textes ?

SK : Ça a été très difficile. Mais je me le devais. C’est pourquoi j’ai effectué une recherche énorme pour réaliser cet album. Je réclamais à ma maison de disques encore et encore plus de chansons. Il ne s’agissait pas seulement d’enregistrer les douze plus belles chansons du répertoire français. Je devais trouver les chansons qui représentent vraiment toute ma sensibilité. Et vous l’avez bien dit, c’est quelque chose de très intimiste… et de très tendre. J’ai choisi ces chansons dans l’esprit de l’intimité qui lie deux amants, en tête à tête à la maison, et pour qui le monde extérieur n’existe plus. Ils sont là l’un pour l’autre, pour écouter la voix de la personne aimée. Simplement. Personnellement pour moi c’est comme écouter la voix de mon grand-père. Pour d’autres cela peut être la voix d’une mère, d’un amant, d’un ami. C’est ce que j’aime. J’aime les sons. Peut-être parce que je suis quelqu’un qui vit à l’oreille. Je suis musicienne. Mais j’aime aussi les sons des gens que j’aime. Et dans « Raconte-moi », l’histoire c’est de n’écouter que la voix de la personne qu’on aime, quels que soient les sujets de conversation.  C’est vraiment ça être très intimiste. Et c’est un peu comme cela aussi sur scène. Je suis heureuse d’être là en face des personnes qui sont venues partager la musique, et cet univers avec moi. On écoute, on partage et c’est tout.  Et il y a aussi des chansons très tendres, très romantiques, notamment « Sait-on jamais » qui a été écrite spécialement pour moi. Je suis quelqu’un qui vit dans l’émotion. J’aime les émotions et j’aime jouer avec elles : la tristesse, la joie, la tranquillité. Toutes ces émotions existent sur cet album et j’ai été très fière de cette réalisation.

Cl : C’est important pour vous de faire des petites villes autant que les grandes ?

SK : Tout à fait. J’aime bien mélanger. J’aime bien les aventures et j’adore voyager. Mes musiciens aussi. Ils ne sont jamais blasés. Chaque année nous faisons des tournées très longues. La semaine dernière nous étions au Japon et à Singapour, dans des salles très grandes (3000 personnes à Singapour). J’aime bien aussi ces occasions d’avoir un grand public. Ici à l’espace André Malraux, c’est une salle de 600 personnes, je crois. Ces expériences m’enchantent aussi. Cela me manquerait si je ne faisais pas les deux. Avoir l’opportunité de prendre le train pour me rendre dans toutes ces villes, ça fait partie de l’aventure et de l’idée de partager la musique avec le monde entier. Je ne peux pas m’arrêter que sur des grandes salles car la vie n’est pas ainsi. Elle existe partout, aussi dans des lieux petits, éloignés avec des personnes qui ne peuvent pas forcément se rendre dans des grandes villes. Pour moi c’est important d’amener la musique, mes musiciens partout. Cela n’empêche pas la magie des événements de se produire. Par exemple, mes fans m’ont demandé de faire un album live car je ne l’avais jamais fait. J’ai trouvé que c’était une bonne idée. J’ai choisi Paris le faire parce que c’était un point bien central et que la ville est très courue au printemps. Comme je corresponds souvent avec mes fans sur Facebook, je les ai interrogés et leur opinion a été très favorable. Pour le coup, les gens sont venus me voir du monde entier. Ce fut très étonnant. Ils avaient juste envie de faire partie de cette expérience unique avec moi. Cela a été fabuleux. J’ai follement apprécié ce moment. Mais cela reste un événement spécial. Sinon, j’aime aller à la rencontre du public partout et j’adore les occasions de partir.

Cl : Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

SK : C’est difficile d’articuler le pourquoi d’une chose. Vous pourrez aussi me demander pourquoi j’ai les yeux bleus ? Pourquoi j’aime les légumes plus que la viande ?

Cl : Rires… effectivement

SK : Je ne peux pas expliquer pourquoi je suis comme je suis, mais  je peux dire que c’est dans cet univers que je suis entrée dès que je suis arrivée « « ici » (sur terre). Cela a toujours été la musique pour moi. Par exemple quand j’étais jeune, on sortait au restaurant, en famille, une grande famille. Il y avait toujours une musique de fond dans les établissements. Et je n’accordais d’attention qu’à la musique, pas aux conversations autour de moi. Ma famille se moquait un peu de moi. On voulait savoir pourquoi j’étais silencieuse, tranquille, calme. En fait, ils se sont aperçus que j’étais juste perdue dans la musique alentour, qu’importe laquelle. Ma mère m’a raconté que quand je prenais le train avec elle, que je regardais par la fenêtre en écoutant les sons et en me chantant des chansons à moi-même. J’ai toujours été attirée par la musique. Elle fait partie de mon univers. On dirait qu’elle a été ma raison d’être dès le début. Elle fait partie de moi. Pourquoi ? C’est inexplicable.

Cl : Bien sûr… Vous jouez d’un instrument ?

SK : Oui, de la guitare. D’ailleurs j’en jouerai ce soir.

Cl : Avez-vous une salle de concert préférée dans laquelle vous retournez avec plaisir ?

SK : Il y en a quelques unes. J’adore le théâtre de Chiang-Kai-Shek à Taipei. Il est formidable. C’est une très très très belle salle et il se passe toujours quelque chose de très fort là-bas à chaque que nous y sommes. Tous les 3 ans environ. J’adore aussi l’Olympia, parce qu’il y a plein d’histoires. A Paris, il y a beaucoup de salles que j’aime. J’adore la Cigalle aussi. Je pourrais même dire que c’est celle que je préfère à Paris, pour son acoustique. C’est touat autant une scène intimiste. Elle a été parfaite pour mon enregistrement live. J’adore Broadlane à New York. C’est comme chez moi. J’y suis tous les ans. Et il y en d’autres encore.

Cl : Quand sortira votre prochain album, il me semble qu’il sera en portugais ?

SK : Pas tout à fait. Je parle portugais. Il y aura certes, beaucoup de morceaux de Bossa Nova. Mais je n’ai pas encore décidé de tout. J’enregistre l’année prochaine pour une sortie prévue en fin 2013, je pense. Donc oui, il y aura des chansons du Brésil, mais pas que cela.

Cl : Comment travaillez-vous ? C’est toujours avec les mêmes personnes ? Ecrivez-vous les textes ?

SK : Il y a deux questions et je vais y répondre. Je n’écris pas les textes et je ne veux pas les écrire. Je me sens interprète. Pour moi, c’est une joie de lire les textes. Lire est une passion : des livres, des poésies, des textes. Et ce que j’aime par dessus tout, c’est de trouver une chanson qui me ressemble vraiment. Un peu comme un acteur qui lit un scripte et qui dit, oui, ça c’est fait pour moi. C’est une joie immense de trouver un texte qui me corresponde, que ce soit une ré-édition ou une création.  Par exemple ceux qui écrivent pour moi, me connaissent parfaitement, comme Jim, mon mari. Là, c’est très fort, c’est comme une délicieuse alchimie entre nous. Et j’aime cela. Non, je ne veux vraiment pas écrire. Trouver une chanson qui nous va, c’est comme trouver une robe qui nous sied réellement. Ensuite, ma responsabilité est de trouver la musique qui me transporte et transforme la chanson, qui devient vraiment moi. Il y a une transmission entre les deux. Et là aussi, c’est parce que je travaille avec des gens qui me connaissent. Mais il m’arrive également de travailler avec d’autres personnes. Par exemple la semaine prochaine, je travaillerai avec Marcos Valle[2]. C’est quelqu’un que j’adore. C’est mon héros. Je travaillerai uniquement son répertoire et ça c’est quelque chose de très rare. Ce projet me plaît terriblement. Vivre ces expériences avec les autres, c’est merveilleux, mais avoir mes propres tournées, avec cette famille qui m’entoure, où on se connaît, où on partage la musique comme une bonne conversation entre amis autour d’un déjeuner, c’est quelque chose qui marche très bien et que j’adore.

Cl : Le prochain est le quantième album ?

SK : Je ne sais pas. Je suis quelqu’un qui vit ici et maintenant, dans le présent. Je ne garde pas les choses du passé, que ce soit dans ma vie personnelle ou pas. Je suis minimaliste. Je garde les souvenirs dans ma tête et je rêve beaucoup. J’aime rêver, au futur notamment. Mais je ne regarde pas ces choses là. Ce qui est certain, c’est qu’avec Blue Note, ma maison de disques, ce sera le cinquième album. Mais vous aurez cette information sur internet, j’en suis sûre.

Cl : Sans aucun doute. Je vous remercie Stacey pour cet entretien. Je vous souhaite de passer un bon moment avec votre public ce soir. J’espère vous voir à votre prochain passage dans le sud de la France.

SK : Merci pour la conversation Clolive. Au plaisir de vous voir bientôt.

Propos recueillis le 29/03/2012.

 

 



[1] « Dreamer in concert », édité par la maison Blue Note.

[2] Auteur compositeur interprète et producteur brésilien

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