Xavier-Marie Garcette présente « Trévizac »

Voilà un ouvrage qui pourrait apparaître dans les coups de cœur de plus d’un lecteur. Tout d’abord, « Trévizac » est un roman (donc une fiction) qui semble plus vrai que nature. C’est parce que l’artiste a l’âge de son héros Jean. Xavier-Marie Garcette est l’auteur de ce récit touchant, ayant pour thème central l’attachement profond d’un garçon devenu homme pour sa grand-mère appelée Madeleine.

Dans son premier ouvrage publié chez L’Harmattan, Xavier-Marie Garcette contait avec passion le parcours de François de Saint-Sozy, découvrant les codes de la Cour de Louis XV à Versailles. Malgré toutes les dorures et le luxe des riches sphères du pouvoir, le personnage principal préfère de loin Quercy, dans le Lot. Dans une atmosphère semblable à cette région naturelle, épargnée par le stress et le matérialisme de la ville, Trévizac se situerait dans la banlieue de Limoges. En plein cœur du Limousin, le petit Jean est élevé par Madeleine. Cette dernière n’est pas une dame comme les autres… Une femme particulièrement vive, communicative, démonstrative et câline, le narrateur dépeint son aînée telle une mère courage. Après tout, Jean a perdu ses parents dans un accident alors qu’il sortait à peine de l’adolescence. L’éducation de sa grand-mère veuve l’a donc façonné. Tous les deux vivent dans un château qui porte un nom évocateur dans la région. En effet, la famille est riche et les ancêtres sont fameux. Pourtant, « grand-mère » ne cherche pas à imposer les obligeances mondaines et les codes étouffants de la bourgeoisie ou de la noblesse. Bien au contraire, Jean s’avère être un enfant aussi curieux qu’intelligent, et surtout très généreux.

La parole des anciens

Puisqu’il est attaché à Madeleine, il prend le temps de l’écouter, d’en apprendre plus sur ses anciens. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il se passionne tant pour les arts ? Féru de lectures, Beaux-Arts : peinture, sculpture, il est très intrigué par l’Histoire. Cela tombe bien, car Madeleine est un genre de manuel vivant. Avec sa mémoire très précise et détaillée, elle raconte d’évènements importants, qui ont scellé la France : la Grande Guerre, l’occupation allemande et les élections des présidents de la cinquième République… Les personnages principaux qui construisent l’œuvre de Xavier-Marie Garcette ne sont pas tout à fait des gens de gauche ou de droite, même si la tendance s’inverse plutôt du côté conservateur. En effet, Jean et Madeleine ne portent pas vraiment Mitterrand dans leur cœur ! Assimilé au communisme, « la vie continue » pour eux.

Trévizac, Xavier-Marie Garcette

Trevizac, une histoire de vie

Le temps s’écoule, d’année en année. Le garçon Jean se transforme en homme, et célèbre ses dix-huit ans. Choyé et protégé par sa grand-mère, il fait son entrée dans le grand bain des riches ambitieux. Par ailleurs, il se lance dans des études prestigieuses et la réussite semble lui sourire. Il fait la rencontre de personnages plus ou moins essentiels, qui l’accompagneront à faire ses premiers pas dans un rallye, par exemple. Alors qu’il découvre et goûte, digne héritier de son aînée adorée, Jean ne cesse de placer la santé de Madeleine en priorité. Même si cela doit nuire à ses études ou à ses relations, le plus important est sa famille. La grand-mère prend de l’âge. Inévitablement, les incidents de la vie font surface. Malgré sa vieillesse et sa fatigue, Madeleine conserve une force impressionnante. C’est dans cette puissance face aux obstacles que Jean se façonne. Cependant, la perte des êtres aimés est une épreuve à laquelle personne n’est jamais prêt. En dépit de la maladie, la nature est parfois cruelle.

Xavier-Marie Garcette, une plume à découvrir

Jean profite de la bonté de sa grand-mère, de la présence de l’intrigante Irina jusqu’au bout. C’est dans l’apothéose d’une découverte qui bouleverse tout le monde qu’une nouvelle tombe… Mais alors, comment se remettre de tant d’émotions ? Quasiment lyrique, ce roman présente l’existence comme une série de montagnes russes. Même si certains passages sont relativement calmes et parfois trop paisibles, les nombreux retournements de situation et péripéties donnent du piment à ce récit de vie. D’emblée, le lecteur ou la lectrice éprouvera irrémédiablement une forme de tendresse envers cette Madeleine. Serait-ce un clin d’œil à Proust ? Délicieusement nostalgique, ce roman est écrit dans un style efficace. Au beau milieu de ces cris du cœur, certains thèmes inattendus sont traités. Par exemple : face à la fatalité de certaines situations, certains personnages auront l’opportunité de déjouer le destin. Comment réagir à la stérilité d’un proche ? Et lorsque l’on adore quelqu’un qui dissimule des secrets atroces, dans quelles circonstances l’amour peut-il survivre ? En réalité, la puissance de ce sentiment si noble et souvent décrié comme un des pouvoirs les plus fascinants de la vie, le lecteur accompagne cette famille. À la fin de l’intrigue, il aura même l’impression d’en faire partie. Une expérience qui se découvre facilement, grâce à un style soigné et une histoire parfaitement organisée. Tous les personnages qui contribuent à la beauté de cette œuvre remplissent un rôle spécifique, permettant de servir un propos qui semble simple et déjà surexploité, mais qui mérite pourtant d’être sans cesse amené sur le devant de la scène. L’amour est plus fort que la mort.

A propos Patrick Delort

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