La vie va trop vite pour lui, ou peut-être est-ce lui qui est trop lent… Il doit avoir des gènes régressifs, car il n’est pas capable de s’adapter au monde moderne. Il y a trop d’attentes ou de pressions, il faut faire des études sérieuses, trouver un boulot lucratif, gravir les échelons. En quelques sortes, gagner plus pour consommer davantage. Lui, il regarde le train passer, un peu comme une vache… Jules est chez son psychologue et continue de discuter, il explique qu’il n’est plus seul, que maintenant, il y a l’ours. Un de ces plantigrades trapus au long museau et à la robe fournie. Un jour, Jules s’est réveillé, et il était là, à le regarder ! Sur son carnet de notes, le psychologue se demande si cet ours est bien réel, s’il n’y a pas une psychose, un enfermement de la part de son patient. Il pose la question du bouleversement dans sa vie…
Le récit est surprenant, avec cet ours, qui vit réellement avec Jules. Imaginaire ou réalité, tout est très subtil, car le psychologue ne semble pas y croire, mais d’autres personnages semblent percevoir cet animal imposant et touchant. La bande dessinée est poétique, présentant le quotidien de Jules, qui depuis l’arrivée d’Ernest, est un peu bousculé. La cohabitation est douce, amusante et plaisante, une belle amitié, qui va aider le héros a allé de l’avant, et tenter de prendre sa vie en main. Le récit est certainement à lire avec différents degrés, entre psychologie et poésie, le quotidien, la vie, la dépression. Au fil des saisons, le lecteur suit le duo improbable et touchant, pour un final tout aussi surprenant et émouvant. Le dessin est rond, tendre, avec un trait caricatural pas désagréable, et des couleurs douces.