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Rejet de l’Interdiction des pesticides néonicotinoïdes, apiculteurs en colère

Instecticides neonicotinoïdesLe 4 février 2015, le Sénat a rejeté l’interdiction de pesticides néonicotinoïdes. Portée par le sénateur écologiste Joël Labbé, la proposition de résolution souhaitait inviter le Gouvernement français à agir auprès de l’Union Européenne dans le but d’obtenir un moratoire européen sur l’ensemble des pesticides néonïcotinoïdes tant que les indicateurs scientifiques vont dans le sens de risques graves sur la santé humaine et animale, ainsi que sur l’environnement.

Sur 312 suffrages exprimés, seul 64 sénateurs se sont exprimés pour. De quoi mettre l’ensemble des apiculteurs en colère ! Un choix qui peut étonner, tant la présentation de la proposition de résolution « relative à la préservation des insectes pollinisateurs, de l’environnement et de la santé », de Joël Labbé, Sénateur du Morbihan, était explicite et porteuse de nombreux arguments.

La proposition revenait notamment sur la définition des néonicotinoïdes, expliquant que ces derniers, présents sur le marché français depuis 1994, sont une famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes et que l’on trouve sous les dénominations de néonicotinoïdes, les substances actives suivantes : thiaméthoxam, imidaclopride, thiaclopride, dinotéfuran, acétamipride et clothianidine, qui sont jusqu’à 10 000 fois plus toxiques que le DDT pour les abeilles. De quoi prendre le sujet très au sérieux alors même que plusieurs problèmes sont relevés concernant les néonicotinoïdes et leur impact direct sur la nature. (DDT : produit chimique synthétisé en 1874 dont les propriétés insecticides et acaricides n’ont été découvertes qu’à la fin des années 1930 pour devenir au début de la seconde Guerre mondiale, l’insecticide le plus utilisé).

Contrairement à d’autres pesticides qui restent sur la surface du feuillage traité, le rapport nous apprend que ces derniers sont repris par la plante et transportés dans tous les tissus (feuilles, fleurs, racines et tiges, mais aussi dans le pollen et le nectar). De plus, on retrouve ces substances dans l’ensemble de l’environnement, sol, eau et air. Un autre soucis est lié à la persistance des néonicotinoïdes qui est de plusieurs mois, pouvant dépasser 1000 jours.

Le rapport présenté au Sénat revenait aussi sur les nombreuses études réalisées. Ce dernier fait état de près de 1000 études qui ont été analysées par une trentaine de chercheurs du monde entier avec des résultats qui ont été publié dans le journal Environnmental Science and Pollution Research en 2014 en ligne, et sous forme d’une édition spéciale en janvier 2015.

Les conclusions des études, reviennent sur la persistance des néonicotinoïdes, en particulier dans les sols. Ils peuvent rester des mois et dans certains cas, plusieurs années tout en s’accumulant. Ce qui augmente leurs impacts toxiques. De même que la combinaison de la persistance et de la solubilité dans l’eau a conduit à la contamination à grande échelles des sols, des eaux de surface et de la végétation traitée et non traitée. On sait par ailleurs que pour le milieu aquatique, ce sont les invertébrés aquatiques, à la base de la chaîne alimentaire, qui sont les plus touchés.

La biodisponibilité à grande échelle de ces insecticides dans l’environnement, induit des risques pour le fonctionnement des écosystèmes et les services éco-systémiques fournis par les écosystèmes terrestres et aquatiques, y compris les fonctions des sols et de l’eau douce, comme le recyclage de la matière organique et le cycle des éléments nutritifs, la production alimentaire, la lutte biologique et les services de pollinisation.

Les impacts sur les pollinisateurs, sont particulièrement préoccupants. Chez les abeilles, les concentrations sur le terrain nuisent à la navigation individuelle, l’apprentissage, la collecte de nourriture, mais aussi la longévité, la résistance aux maladies et la fécondité.

La Commission européenne a restreint en 2013 l’utilisation de trois substances actives de la famille des néonicotinoïdes (clothianidine, thiaméthoxam et imidaclopride), suite à plusieurs avis de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), constatant les risques élevés de l’utilisation de ces substances pour les abeilles. C’est d’ailleurs sur cet argument que le Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll s’est appuyé pour marquer son opposition à la résolution présentée par Joël Labbé. Celui-ci a en effet rappelé qu’une restriction d’utilisation existait déjà au niveau européen pour trois substances néonicotinoïdes pour toutes les cultures attractives pour les abeilles. Le Ministre a aussi dit que « le débat doit prendre en compte l’ensemble des parties prenantes et notamment la réalité du monde agricole ». Foutaise ? Et la vie dans tout ça ?

Car malgré la décision de la Commission européenne évoquée ci-dessus, ces produits restent utilisés sur de très grandes surfaces. Plus étonnant, ces restrictions ne concernent pas les céréales d’hiver (la majorité des céréales en France), ni les traitements foliaires après floraison. Les abeilles et autres pollinisateurs, vecteurs de pollinisation indispensable à la biodiversité et aux rendements des cultures agricoles continuent donc leur exposition. Un déficit de 13,4 millions de colonies d’abeilles a d’ailleurs été estimé, pour polliniser correctement les cultures européennes et en France à peine plus de 25% des colonies nécessaires sont présentes. D’où l’importance d’agir ! Même si les néonicotinoïdes ne sont pas les seuls responsables du déclin des abeilles.

Plus grave puisque cela concerne notre santé. Un communiqué du 17 décembre 2013 de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) déclarait que « deux néonicotinoïdes », l’acétamipride et l’imidaclopride, peuvent avoir une incidence sur le développement du système nerveux humain. Ils peuvent affecter de façon défavorable le développement des neurones et des structures cérébrales associées à des fonctions comme l’apprentissage et la mémoire. De quoi sensibiliser nos responsables…

On remarque combien il est difficile de faire évoluer les habitudes, malgré la gravité du sujet.

Dans un communiqué de presse datant du 9 février, l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) marque son indignation face au rejet du Sénat et à l’inaction volontaire de l’Etat à porter secours à l’apiculture française en extrême difficulté. Pour elle, le Sénat soutient l’usage des pesticides neonicotinoïdes. L’UNAF tient a marquer la surdité des institutions face à l’urgence et qu’il serait inacceptable d’attendre encore l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes en raison des mortalités records. L’UNAF rappelle d’ailleurs dans son communiqué, que 2014 a été une année noire pour l’apiculture avec une production nationale qui a été la plus faible de notre histoire, soit environ 10 000 tonnes contre 32 000 en 1995. L’UNAF ne comprend pas le rejet du Sénat alors que de très nombreuses études scientifiques, nous l’avons vu plus haut, démontrent les liens entre la mortalité accrue et les insecticides en question. L’UNAF rappelle aussi pour conclure son communiqué qu’au sein de l’Union Européenne, la France est championne en matière d’utilisation avec un record en 2013, de +9,2 %.

Le Syndicat National d’Apiculture (SNA), représenté par son Président Yves Vedrenne, revient aussi sur la décision du Sénat dans sa revue de février avec un titre qui en dit long, « Flop(s) ». Le Syndicat rappelle que le Grenelle de l’Environnement prévoyait un plan Ecophyto avec une diminution de 50% de l’utilisation des pesticides en France et qu’aujourd’hui la situation s’empire avec un recours aux fongicides, herbicides, insecticides et autres, dont l’agriculture est une grande consommatrice (10% de plus entre 2009 et 2013). Le Syndicat rappelle aussi que la France occupe la troisième place au monde en tant que consommateur de pesticides. Ce qui est inacceptable. Le Syndicat s’étonne que sur 111 sénateurs de l’actuelle majorité, 108 ont voté contre. Qu’elles étaient leurs motivations se demandent le SNA ?

Les apiculteurs admettent avoir perdu une bataille, mais pas la guerre aux pesticides !

A propos guillaume joubert

Après avoir été rédacteur sur divers sites musicaux comme Rocknfrance, Zikannuaire, Punksociety, Zik'nblog, et animateur d'une émission de radio diffusée sur 12 radios, dont 7 FM, en France, en Belgique et en Suisse, j'ai décidé de reprendre l'écriture sur FranceNetInfos. C'est un plaisir de participer à la diffusion d'informations régionales et nationales, sur des sujets qui me tiennent à coeur comme, entres autres, la culture, le cyclisme et l'environnement.

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