Festival de Cannes J6 : Les Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi et Novembre de Cédric Jimenez

Cette sixième journée a été marquée par la projection de deux films français : Les Amandiers, le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi et, hors compétition, Novembre de Cédric Jimenez.

Avec Les Amandiers, Valeria Bruni-Tedeschi nous plonge au cœur des années 80, dans le célèbre théâtre de Nanterre dirigé par Patrice Chéreau, Les Amandiers. Elle-même a fait partie de la troupe du metteur en scène. Le film est donc empreint de souvenirs de ces années de jeunesse, où cohabitaient l’insouciance et le travail exigé par le métier de comédien. La première scène montre des jeunes gens en pleine audition devant Pierre Romans (Micha Lescot), le directeur de l’école et les autres membres du jury. Jouer est comme une nécessité qui donnerait un sens à leur vie. C’est cette réponse qu’ils donnent presque tous quand on leur demande pourquoi ils veulent intégrer l’école. Ils sont exubérants, surjouent parfois pour se faire remarquer et intégrer cette école des Amandiers dont tout le monde parlait dans les années 80. Cette séquence d’auditions donne le ton du film, qui montre à la fois le désir brûlant de jouer et l’esprit de troupe. Les deux se mêlent dans une fougue et une énergie caractéristiques du cinéma de Valeria Bruni-Tedeschi. Au milieu de ces jeunes comédiens et comédiennes, des amitiés se nouent et des couples se créent. Stella, que l’on devine être Valeria Bruni-Tedeschi quand elle était aux Amandiers, tombe amoureuse d’Etienne (Sofiane Bennacer, une révélation), qui a voulu intégrer la troupe pour faire plaisir à sa mère comme il le dit lors de son audition. Elle est solaire tandis qu’il est mélancolique et se drogue. Valeria Bruni-Tedeschi a le mérite de rien vouloir édulcorer. Avec les Amandiers, elle montre aussi une époque faite d’insouciance et de légèreté, assombrie par la drogue et la menace du sida. Mais comme toujours chez elle, du tragique peut surgir la comédie et vice-versa, comme dans la scène où les trois jeunes filles craignent d’avoir le sida ou quand une autre (Suzanne Lindon), court après Patrice Chéreau pour lui demander de l’accepter dans l’école. Car les Amandiers sont indissociables de cet immense et vénéré metteur en scène. Il est interprété par Louis Garrel, qui ne lui ressemble absolument pas. C’était un choix de Valeria Bruni-Tedeschi et de ses coscénaristes. Il apparaît impulsif, colérique parfois impitoyables avec ses élèves, comme l’était Patrice Chéreau. Ils sont d’ailleurs très nombreux, ces élèves des Amandiers. Evidemment, Valeria Bruni-Tedeschi s’est largement inspirée de ses souvenirs et de personnes qu’elle a connues à Nanterre. Les comédiens qu’elle a choisis pour les incarner sont fabuleux et insufflent une fraîcheur à ce film intense. Le Festival de Cannes a souvent révélé des actrices. Pour cette 75e édition, on retiendra le nom et le visage de Nadia Tereszkiewicz. Elle est magnifique et bouleversante dans le rôle de Stella, le double de Valeria Bruni-Tedeschi.

Dans la soirée, les festivaliers ont pu découvrir le nouveau film de Cedric Jimenez. Quelques mois après Bac Nord, il était de retour à Cannes pour présenter son film au sujet brûlant. Avec Novembre, il se penche sur les cinq jours qui suivirent les attentats du 13 novembre. A aucun moment, il ne filme le Bataclan. Il s’autorise seulement à montrer à l’hôpital des interrogatoires de blessés et le discours de François Hollande à la télévision. Pour aborder cette période si douloureuse, il fallait de la pudeur et du respect. L’enjeu du film est donc de suivre des policiers de la sous-direction anti-terroriste. Dire qu’ils s’investissent à fond serait sous-estimer leur travail. Dès l’annonce des attentats, ils s’activent, mènent les interrogatoires dans une tension palpable à l’écran. Cédric Jimenez a le sens du rythme. Comme dans Bac Nord, ça va vite et le spectateur ne s’ennuie pas. Novembre est un très bon thriller, qui débute à l’annonce des attentats et qui s’achève à la mort des terroristes. Mais les scènes les plus réussies du film ne sont pas forcément celles auxquelles on s’attendait. C’est à Anaïs Demoustier et Lyna Khoudri que nous devons les moments les plus touchants. La première incarne une policière très investie, au point de frôler l’illégalité et l’autre est la jeune femme qui hébergeait la cousine d’un terroriste. C’est elle qui a appelé la police. Les deux femmes montrent toute la fragilité et l’impuissance de leurs personnages. Lyna Khoudri a conscience que sa vie va basculer tandis qu’Anaïs Demoustier se rend compte qu’elle ne pourra pas lui assurer la protection qu’elle lui avait promise. Les deux actrices sont formidables et elles ne sont pas les seules . Le film est servi par un formidable casting : Sandrine Kiberlain, Jean Dujardin, Sami Outalbali, Cédric Khan, Raphaël Quenard…Le film sortira en octobre, peu après la fin du procès des attentas du 13 novembre.

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