“A la belle étoile” de Sébastien Tulard au cinéma : rencontre avec le chef pâtissier Yazid Ichemrahen dont l’histoire a inspiré le film

« A la belle étoile » sortira au cinéma le 22 février. Pour son premier long métrage, Sébastien Tulard s’est inspiré de l’incroyable parcours de Yazid Ichemrahen. Riadh Belaïche, plus connu sous le nom de Just Riadh interprète le célèbre chef pâtissier devenu champion du monde de dessert glacé en 2014, à seulement 23 ans, à force de travail et de ténacité. La pâtisserie a été pour lui comme une bouée de sauvetage. Il s’y est accroché avec force, pour survivre et devenir quelqu’un. Cette soif de reconnaissance l’animera sans doute toujours car, depuis le début, sa vie a été constituée de (très) et de (très) hauts.

Très jeune, avec sa sœur, il est placé dans une famille d’accueil, chez son Tonton et sa Tatie comme ils continuent à les appeler affectueusement, car sa mère est violente, alcoolique et toxicomane. Puis, il est admis en foyer. Il obtient un CAP, fait plusieurs stages à Epernay, Troyes, Paris chez des chefs pâtissiers de renom. Travailler ne lui fait pas peur, quitte à ne pas dormir. D’une rencontre à l’autre, il arrive à Monaco et devient sous-chef du restaurant Le Métropole de Joël Robuchon. Interdit bancaire, il dort plusieurs mois à Nice, à la belle étoile, sur les galets de la Promenade des Anglais. Ce moment de sa vie est montré dans le film. La Côte d’Azur occupe une place à part dans le cœur de Yazid Ichemrahen. C’est pour cette raison qu’il ne voulait surtout pas rater l’avant-première du film qui s’est tenue à Nice, au Pathé Gare du Sud, il y a quelques jours. C’est là que nous l’avons rencontré à l’occasion de la conférence de presse. Bien sûr, il nous a parlé du film mais il est aussi revenu sur son parcours et il a évoqué son deuxième livre qui vient de paraître aux édition Hors Collection, « Créer pour survivre, vivre pour ne pas sombrer ».

France Net Infos : Vous avez vu le film. Qu’est-ce que cela vous a fait de voir votre histoire transposée sur grand écran ?

Yazid Ichemrahen : Je suis fier évidemment. Après, j’ai eu le temps de me préparer car ça fait cinq ans qu’on a signé le projet. Forcément, je suis intervenu sur chaque élément, que ce soit l’écriture du scénario ou même le choix de l’acteur qui allait m’incarner. J’ai réussi à créer une alchimie avec Sébastien Tulard, ce qui m’a permis de me préparer mentalement. On a choisi de faire un film sincère et honnête. Il avait une rélle envie de m’écouter. Rien n’est édulcoré dans le film ; il n’y a pas d’histoire d’amour. J’ai vécu plein de scènes pour de vrai et c’est parfois déroutant de les revoir à l’écran.

France Net Infos : La Côte d’Azur est essentielle dans votre parcours…

Yazid Ichemrahen : Oui, c’est ici que tout a commencé. Nice est la ville où j’ai le plus galéré ; je dormais dehors, sur la plage. Je mettais mes affaires aux consignes de la gare. Tous les jours, je me faisais réveiller par le bateau qui nettoie les plages puis je courais sur la Prom et j’allais me laver aux douches de la plage avant de partir à Monaco travailler au Métropole chez Joël Robuchon. Ca a duré presque neuf mois. Par fierté, je ne voulais pas dire autour de moi que je dormais dehors…

France Net Infos : Pourquoi avez-vous écrit votre premier livre ?  

Yazid Ichemrahen : J’ai écrit mon premier ouvrage (« Un rêve d’enfant étoilé », CDP éditions, Malakoff, 2016) à une période de ma vie où je n’étais pas très bien. Au début, l’écriture a été une sorte de thérapie. Bizarrement, quand j’ai gagné la Coupe du Monde, j’ai fait une dépression. Je me suis battu toute ma vie pour l’obtenir puis je me suis rendu compte que le challenge commençait avec le titre. J’avais désormais des responsabilités. Quand on est chef, il faut avoir un comportement d’exemplarité. Professionnellement, j’avais tout fait pendant des années pour y arriver mais humainement, chaque personne que je rencontrais après la coupe du Monde me rappelait que j’avais plein de lacunes. A partir de lâge de 22 ans, ma vie a été une perpétuelle remise en questions. J’ai donc voulu raconter tout ça dans mon livre.

France Net Infos : Votre deuxième livre vient de sortir. Pourquoi avez-vous senti la nécessité de l’écrire ?

Yazid Hichemrahen : Mon idée était de raconter tout cet acheminement humain d’après coupe du Monde. J’ai aujourd’hui 31 ans et je me rends compte que j’ai énormément de lacunes. Quand je dois écrire un sms important à un patron, je l’envoie d’abord à ma Tatie pour qu’elle me corrige les fautes ! Ce sont des mini souffrances que je vis au quotidien. Ce livre est comme une deuxième thérapie. J’ai voulu raconter mon expérience d’entrepreneur au moment du Covid. Je suis monté très haut et je suis descendu très bas. Les six dernières années, j’ai parcouru une trentaine de pays. J’ai passé ma vie à fuir le fait que je venais d’un foyer et que je n’avais pas forcément de famille. J’ai eu une boulimie de reconnaissance, que je n’avais pas eu dans les yeux de ma mère. Quand le covid est arrivé, j’ai pensé en finir : j’étais au Qatar et en arrivant à Paris, je ne savais pas qui appeler. Je n’avais que des contacts professionnels mais pas d’amis. Je me suis retrouvé face à ma solitude, qui me renvoyait à mon passé.

France Net Infos : Vous êtes suivi par plusieurs centaines de milliers de gens sur les réseaux sociaux. Comment expliquez-vous votre succès ?

Yazid Ichemrahen : Sur mon Instagram, j’essaye d’être toujours différent. Bernard Arnault m’inspire beaucoup. Je pars du principe que lorsqu’on veut faire de grandes choses, on se sert de la vision de personnes qui font des grandes choses. J’ai toujours essayé d’aller à contre-sens des pâtissiers. J’essaye de cultiver une certaine sensibilité artistique et gustative. Je vais donc chercher mes sources d’inspiration dans la mode, dans l’art, chez les femmes car ce sont les premières consommatrices de gâteaux dans les salons de thé. Aujourd’hui, ma communication est axée aussi bien sur la couture que sur la pâtisserie mais aussi sur un lifestyle. J’essaie de montrer au quotidien tout l’acheminement qu’il y a autour de la création de mes différents gâteaux.

« Créer pour survivre, vivre pour ne pas sombrer » de Yazid Ichemrahen, éditions Hors Collection

« A la belle étoile » de Sébastien Turard avec Just Riadh au cinéma le 22 février.

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