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La « Terreur » de Yann Moix

Comment dire l’indicible ? Comment penser l’impensable ? Deux ans après les attentats de Charlie Hebdo, Yann Moix revient sur les terribles attentats qui ont frappé la France depuis janvier 2015.

Pourquoi lire Terreur ?

Quand on approche des étals des libraires, on ne peut s’empêcher de remarquer que les écrits politiques, sociologiques, philosophiques au sujet des attentats pullulent. Le futur potentiel lecteur peut très vite en être décontenancé : « Pourquoi m’abreuver de textes qui reviennent sur des événements traumatiques ? Vais-je éviter l’écueil d’un ressassement aussi douloureux qu’improductif ? Et puis, vers quel ouvrage me tourner ? Auprès de quelle plume, de quelle pensée me réfugier ? »

Si votre regard se porte sur Terreur, vous découvrirez un ouvrage plein de sens, d’intelligence, de calme et de raison. Le texte de Yann Moix est documenté, textualisé, mis en perspective ; il s’inscrit dans le temps long. En cela, il prend le contre-pied des analyses rapides et rapidement fausses qui contaminent le paysage médiatique. Terreur est un choix judicieux pour qui souhaite réfléchir sur l’actualité en découvrant la pensée d’un auteur observateur de son époque et acteur de son temps.

Un contenu réfléchi

Yann Moix pense et panse les mots : « Islamisme : l’ « isme » traduit le passage du religieux au politique. Dans l’islamisme c’est l’islam qui se perd en chemin (qui est perdu, qui est oublié, qui est sacrifié). C’est la religion qui disparaît. Plus l’ « isme » de l’islamisme est prégnant, moins la religion compte ». Il transforme ses fragments en poésie incantatoire : « L’identité appartient au possible. L’identité, cette habitude … L’identité, cette prise… Cette cage… On est, mais on n’ek-siste pas dans l’identité. S’y arracher. Dès qu’on le peut – vouloir pouvoir s’y arracher. Vouloir pouvoir s’y soustraire. Même quelques secondes ». Il réveille et revivifie Sénèque, Renan, Nietzsche et d’autres encore pour « aider à penser » cette maïeutique de l’horreur. Cette référence aux classiques – toujours judicieuse et éclairante – témoigne d’une forme de retour de la violence, de retour de réflexions sur la violence mais aussi du caractère tragiquement exceptionnel de notre époque. Yann Moix comprend et excelle à montrer que les phrases d’hier sont capables d’éclairer les temps d’aujourd’hui.

Une écriture condensée et incisive

Ce livre se lit comme on lit Les Pensées; mais des Pensées qui pensent l’absence de transcendance. Une suite de fragments se suivent et complètent les tentatives de raisonnement de l’auteur. Cet éclatement convient parfaitement au sujet : il est à l’image d’une société douloureusement impactée, qui tente fébrilement de résister au spectre de la fragmentation. Cet éclatement est peut-être l’unique forme possible du discours sur le terrorisme : le soubresaut, l’à-coup, le morcelé, le heurt, et l’achoppement.

Ces pensées qui surgissent au fil de la lecture, c’est le « Triste Savoir » proposé par Yann Moix. Mais malgré la tragédie, l’émotion sincère de l’auteur est comme sublimée par l’intelligence et la verve qu’il déploie, par une distance sage et salvatrice.

Le temps d’un livre le romancier s’est mis au service du philosophe.

 

Yann Moix, Terreurs aux éditions Grasset

 

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